Il y a 30 ans, Soljénitsyne publiait « L’Archipel du Goulag »

Il y a trente ans, le 28 décembre 1973, «l’Archipel du goulag», l’oeuvre historique d’Alexandre Soljénitsyne était publié en France. Une sortie qui pour la première fois mettait en lumière le lien indissoluble entre totalitarisme et univers concentrationnaire et déclenchait un vif débat en Occident, notamment en France. Si, avant « l’Archipel du goulag », de très nombreux témoignages avaient déjà révélé l’existence des camps et décrit les conditions de vie inhumaines des détenus, Soljénitsyne a contribué à les faire connaître à un public beaucoup plus large et le terme « goulag » (abréviation de Direction principale des camps) est devenu un mot commun dans de nombreuses langues. Le texte, transmis par microfilm, avait passé le rideau de fer en 1968. C’est en septembre 1973, qu’Alexandre Soljenitsyne, Prix Nobel de littérature 1970, se résout brusquement à le faire éditer à l’étranger. Le 28 décembre 1973, « l’Archipel » sort en russe chez Ymca-Press, en France. Dès janvier, des extraits en sont publiés en français dans le magazine “L’Express“. Quand le livre tombe entre les mains de la police secrète, « tout était déjà prêt. Il ne manquait que le signal (de Soljenitsyne) pour commencer la publication », raconte Nikita Struve, directeur de la maison d’édition Ymca-Press à Paris. « C’était le livre du siècle, un énorme défi à l’Union soviétique, à l’opinion soviétique et mondiale, et nous, qui tirons d’ordinaire à moins de 2.000 exemplaires, en avons tiré 50.000 », relève Nikita Struve. « Des gens qui ne parlaient pas russe l’achetaient, comme un objet historique », ajoute-t-il. L’Archipel, publié en petit format, repasse alors clandestinement la frontière. Tous ceux qui s’intéressaient au destin du pays l’ont eu entre les mains. « Tout le monde le lisait, on ne parlait que de ça », assure l’ex-dissidente Lioudmila Alexeïeva. On le dévorait pendant la nuit pour le rendre vite dès le lendemain ; on le lisait sous les couvertures dans les appartements communautaires, ou dans le métro caché dans un ouvrage autorisé des éditions soviétiques. Il faudra attendre 1990, soit cinq ans après le début de la Perestroïka, pour qu’il soit publié en URSS.

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