Il y a 60 ans mourait Max Jacob

L’année 2004 sera « l’année Max Jacob » à Quimper, où « Max » était né en 1876 dans une famille d’origine juive qui tenait boutique de mercerie sur les quais de l’Odet, « la jolie rivière » qui monte et descend au gré des marées. Expositions, concerts et conférences se succèderont toute l’année, pour fêter ce petit homme aux immenses yeux sombres qui reste un des grands inventeurs de formes de la modernité, dans un 20ème siècle qui finit par lui prendre la vie, comme à des millions d’autres, pour le seul fait d’être né juif. Max n’a que 18 ans quand il monte à Paris. Officiellement il est inscrit à l’Ecole coloniale, mais très vite, le voici jeté dans le tourbillon du Bateau-lavoir, sur la butte Montmartre, en plein « laboratoire central » (c’est le titre d’un de ses livres) de l’art moderne. Nous sommes en 1904, il y rencontre Apollinaire, Derain, Vlaminck, les « fauves », se lie avec Modigliani, qui arrive de Livourne, puis avec Picasso. Pour survivre, il écrit des critiques d’art et peint avec un réel talent (on pense souvent à Chagall) des gouaches éclatantes de couleur. Au Bateau-lavoir, tous aiment et admirent ce petit homme sans cesse traversé d’éclairs, à la fois primesautier et profond, enchanteur séduisant et jongleur de mots qui sa vie durant offrira l’image simultanée d’un enfant espiègle et d’un prophète tragique. C’est ce Max visionnaire qui va connaître en 1909 une expérience mystique dans sa petite chambre du 7 rue Ravignan: le Christ lui apparaît un jour sur le mur de sa chambre, et toute sa vie en sera bouleversée. Il se convertit au catholicisme et finira par être baptisé en 1915, – l’Eglise a fait longtemps la sourde oreille – avec Picasso pour parrain. Dès lors, la vie de « Max » est faite de mille joies, mille misères, mais la création ne faiblit jamais, jalonnée de nombreux ouvrages, dont le chef d’oeuvre absolu reste « Le cornet à dés », paru en 1917, recueil inclassable de poèmes en prose éblouissants de fantaisie profonde, de virtuosité et d’invention formelle.

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