Ilham Alami : «En réalité, je suis plutôt baba-cool»

Ilham Alami : «En réalité, je suis plutôt baba-cool»


ALM : Quelle femme se cache derrière Ilham Alami ?
Ilham Alami : La femme qui est en moi s’est construite petit à petit, au fil des années et au fil des expériences personnelles, c’est un long cheminement qui ne s’est pas encore terminé. Je ne me considère pas totalement comme une femme aboutie, j’ai encore des choses à découvrir en moi, à apprendre et à cumuler. J’estime qu’on est femme par différents billets, il y a la maternité bien sûr, je suis maman, j’ai donc un certain aspect de la femme qui est là. Pour moi, la féminité est quelque chose de très complexe, de toujours inaboutie et qui se renouvelle en permanence.

Quel a été votre parcours?
Je suis née à Meknès et j’y ai fait mes études jusqu’au lycée où j’ai décroché mon baccalauréat. J’allais faire Maths-sup, Maths-spé, mais j’ai trouvé que c’était beaucoup trop contraignant, beaucoup trop dure. Je voulais être pilote de ligne, résultat, aujourd’hui, c’est complètement autre chose. Je fais comme même une année de mathématiques avant de me retrouver par hasard à l’ISCAE parce que je n’arrive pas du tout à me décider sur ce que j’allais faire. Il faut dire que j’ai eu mon Bac très jeune à 16 ans et j’étais vraiment perdue. Donc, je fait des études de commerce et d’administration d’entreprise pour aboutir à quelque chose mais un peu à contre cœur. Ce n’était pas mon truc. Je voulais être artiste, mais je ne savais pas comment m’y prendre. J’étais tiraillée, on me disais que j’avais du potentiel artistique et en même temps j’étais bonne dans les études. Je vais quand même aller dans cette voie, je vais finir mon parcours et faire un peu de théâtre en parallèle à mes études à Paris. Je vais toucher à l’artistique sans vraiment tomber dedans et je vais rentrer au Maroc pour chercher du travail. À ce niveau, j’ai un peu de mal parce que je ne me vois pas travailler dans une banque ou dans un certain nombre de sociétés pour finalement opter pour un travail de relation presse dans une boîte de productions cinématographiques.

Comment, alors, avez-vous atterri dans le journalisme?
Je faisais des fiches de critique des films pour les journalistes. Un jour un journaliste culturel me fait remarquer qu’il publie mes articles tels qu’ils sont et qu’il n’y a rien à y changer. Il me demande, alors, de faire des critiques directement en tant que journaliste. J’avais 23 ans et je n’avais aucune idée du journalisme et on me dit que je dois juste garder mon esprit critique. Je deviens donc journaliste en culture et société. Je vais m’amuser à ça pendant un certain temps où je ne fais que de la presse écrite. Et puis survient un événement personnel qui m’amène à partir vivre à Paris, je me suis mariée. Je continue là bas en tant que journaliste pendant quatre ans. Et puis avec la mort de mon père qui fut un événement très dur pour moi, je suis rentrée au Maroc et c’est là que 2M me propose d’intégrer son équipe. Au bout de quelques mois on m’a demandé de présenter le journal. C’était un peu ce que je voulais pour mon évolution dans les médias. Pendant quatre ans, ça va être une expérience géniale parce que c’est du direct, parce que c’est de l’adrénaline, c’est un défi quotidien.

Comment ça s’est terminé?
Un jour je me dis ça suffit la visibilité, j’étais fatiguée de cette charge quotidienne et très éprouvante et je me suis mise à la production. C’est ainsi que je deviens associée de la boîte de production de mon frère et je commence mon travail dans la création et la production. C’est comme ça que j’ai coécrit la fiction «Okba Lik», il y a trois ans. A peine le tournage entamé, j’ai été contactée par les investisseurs de Luxe Radio qui me demandent de lancer cette boite. Bien sûr l’expérience de créer un média de bout en bout, de le concevoir et lui donner une âme, m’a vraiment tenté. C’était un vrai cadeau de me laisser façonner la radio dont je rêve. Je l’ai fait avec les tripes. Cette aventure a duré près d’un an et demi où j’ai laissé ma boîte de côté. Mais, comme prévu au début, je devais revenir à mes affaires et j’ai donc quitté Luxe Radio pour revenir à ma boîte de prod (Disconnected). J’ai tout de suite été contactée par 2M qui voulait une autre idée à développer pour le Ramadan 2011. C’est ce qui a donné naissance à «Salon Sherhazad».

D’où est venue l’idée de cette série?
Je me base toujours sur mon cheminement personnel pour élaborer mes projets. Quand il s’agissait de Luxe Radio, j’étais en quête de valeurs. Ensuite, il fallait que je dise qui est la femme moderne dans «Okba Lik», et de l’assumer. Dans «Salon Sherhazad», il fallait aller jusqu’au bout de chaque forme de féminité. «S’accepter telle qu’on est», était le message. Vous avez la femme mince, la charnelle, l’agressive ou la douce. Des femmes qui doivent s’accepter telle qu’elles sont. Il n’y en a pas une qui est mieux que l’autre. Elles ont toutes leur part de force et de fragilité, il n’y a pas de mieux ou de moins bien, elles se valent toutes.

Vous êtes une femme qui a beaucoup de présence. Comment le vivez-vous?
Je n’en suis même pas consciente. On me le rappelle souvent, mais, moi je me sens au contraire très abordable, très fun et très accessible. En gros, je ne sais pas ce que je dégage au juste.

Quels sont vos points communs avec Mme Benzakour de «Salon Sherhazad»?
Je suis le contraire de Mme Benzakour, je ne fais jamais semblant d’être forte. Moi, je suis quelqu’un qui pose ses fragilités d’emblée. Par contre, comme elle, je protège beaucoup mon équipe dans le milieu professionnel, mais je partage mes incertitudes avec eux. En plus, moi je suis en tee-shirt et jeans, en réalité, je suis plutôt baba-cool. L’avantage que j’ai, c’est que c’est moi qui ai créé ce personnage et je le connais très bien.

Quel est le rôle que vous rêveriez d’interpréter?
Le rôle d’une femme extrêmement torturée. Une femme de 45 ans, en plein tournant dans sa vie, avec des émotions très fortes, avec des peurs énormes, parce que ça va me permettre de les exorciser quelque part et parce que j’ai peur de ces émotions là.

Et côté cœur, comment ça se passe?
Je suis paisible et extrêmement zen. L’amour n’est qu’une seule émotion et moi j’ai besoin de les vivre toutes. Je m’exprime beaucoup à travers mon métier et le fait d’aimer et d’être aimée je le ressens dans tout ce que je fais, avec ma famille, avec ma fille et avec les gens. J’ai reçu beaucoup d’amour dans ma vie et je dis merci pour ça.

Des projets dans l’air?
Je ne sais pas, je sors de quatre mois et demi de tournage. Dans «Salon Sherhazad», j’étais co-auteur, directrice artistique, directrice de prod et j’ai supervisé l’écriture. Par contre, j’ai une idée en tête celle de passer le message qu’émotionnellement on est tous égaux. Quelle que soit notre classe sociale, on ressent tous la même chose. Je crois que j’irais dans ce sens.

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