«Indigènes» sur les écrans casablancais

«Indigènes» sur les écrans casablancais

«Indigènes » n’est pas un film de guerre. Ce long-métrage de Rachid Bouchareb sorti en France le 27 septembre dernier, capitalise sur le scénario et sur le jeu des comédiens. Le réalisateur d’origine algérienne dit avoir fait son choix dès le départ : «Si j’ai fait ce film, c’est pour montrer qu’on fait partie intégrante de l’histoire de France, que nous appartenons au passé de ce pays».
Rachid Bouchareb fait allusion ici aux 130.000 tirailleurs goumiers et tabors algériens, marocains et tunisiens qui se sont portés volontaires ou qui ont été obligés de combattre aux cotés de l’armée française pendant la seconde guerre mondiale. Ils étaient appelés «Indigènes » et ne bénéficiaient pas des mêmes avantages que leurs frères d’armes français. Ils se battaient pour une même cause : libérer la «mère patrie» de l’ennemi nazi. Ils défendaient les couleurs de la France qui promettaient liberté, égalité, fraternité. Pourtant, ces promesses  étaient inégalement tenues.
Les témoignages de ceux qui ont survécu le prouvent. Rachid Bouchareb s’est basé sur ces mêmes témoignages pour mettre l’accent sur cet aspect contradictoire et inhumain. «J’ai rencontré des gens qui avaient participé à cette guerre, je me suis rendu compte qu’une citation revenait souvent dans leurs paroles, celle de “soldat indigène“», a déclaré le réalisateur à la presse suite à la consécration de son film au dernier festival de Cannes en mai 2006. Indigènes a été récompensé par un prix collectif de la meilleure interprétation masculine remis aux principaux acteurs du film : Jamal Debbouze, Samy Bouajila, Samy Nacéri, Roshdy Zem et Bernard Blancan. Ce sont ces mêmes comédiens qui ont fait la force des «indigènes». Même si Rachid Bouchareb parle de devoir de mémoire, Indigènes est loin d’être un film documentaire. La relation entre les acteurs, leur force de caractère a constitué en gros, les moments les plus émouvants. Saïd, (Jamal Debbouze) Messaoud (Roshdy Zem), Yassir (Samy Nacéri) vont quitter leur terre natale pour se retrouver sur le front de la guerre. Ils rejoignent les autres tirailleurs africains et essaient de s’adapter à ce climat de guerre. Le réalisateur fait voyager le spectateur grace à sa caméra. Première étape : le Maroc où des centaines de volontaires sont engagés pour se battre aux côtés de la France. Saïd, incarné par un Jamal Debbouze méconnaissable, est l’un d’entre eux. Quelques minutes lui suffiront pour convaincre sa mère, ici Naima Lemcherki et pour lui faire part de sa décision de partir. Jamal Debbouze n’est pas comique dans ce film. Il a été plus sérieux que jamais. Lors de la projection du film à Casablanca, le public s’attendait à certaines blagues.
Le personnage de Said est au départ timide, crédule, et naïf. Le caractère de ce personnage sera étoffé au milieu du film. Au plein cœur de la bataille en Italie et à Vosges en France. Une phase qui coïncide avec la montée en croissance des combats. La violence de ces combats sont par ailleurs atténués dans le film. Avec un budget de 14.000 euros, 500 figurants et 18 semaines de tournage, Rachid Bouchareb était obligé d’économiser ses moyens. Son but n’était pas d’offrir au spectateur un film du calibre de Brave heart de Mel Gibson. Par ailleurs, il a offert de la fiction. Tous les décors ont été confectionnés et aucune image d’archives de la seconde guerre mondiale n’a été greffée. Rachid Bouchareb avait pensé faire un film en noir et blanc, mais il a finalement abandonné l’entreprise. «L’idée de tourner en noir et blanc m’a traversé l’esprit, puis j’ai finalement opté pour des «virgules» de noir et blanc». Si Rachid Bouchareb n’a pas voulu montrer des images macabres de cette guerre, il est resté concentré sur son thème central. Le courage des tirailleurs et leur acharnement à vouloir être traité comme les soldats français. Abdelkader interprété par Samy Bouajila est un tirailleur algérien de grade de caporal. Il est chargé de diriger un groupe de volontaires de plusieurs nationalités. Le fait qu’il soit caporal n’a pas plu au sergent Martinez incarné par Bernard Blancan. Abdelkader n’est pas un simple bidasse et il a l’ambition de monter davantage en grade. Mais il n’aura jamais cette occasion. Il a le mérite d’avoir mené ses coéquipiers jusqu’en Alsace, la dernière étape de la bataille. Ses amis meurent après avoir fait preuve d’un courage sans faille. Abdelkader sera le seul à survivre. Il ira rendre hommage dans leurs tombes, 60 ans plus tard. Sa situation est misérable. Le réalisateur le montre seul, nostalgique dans une pièce minuscule d’un appartement de banlieue. C’est le dénouement des «indigènes», toujours en attente de reconnaissance.

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