Isao Takahata : «Nous sommes en train de perdre la variété du cinéma d’animation»

Isao Takahata : «Nous sommes en train de perdre la variété du cinéma d’animation»

ALM : Le dernier film que vous avez réalisé date de 1999, pourquoi une si longue absence ?

Isao Takata : C’est presque par un fait du hasard. Depuis plus de trente ans, certaines choses en relation avec les études que j’avais menées m’intéressaient mais je n’avais pas le temps de m’y consacrer. Cette dernière période, je me suis concentré sur mon travail d’écriture. J’ai écrit plusieurs livres et traduit beaucoup de textes. Ce travail d’écriture a pris beaucoup d’importance pour moi durant ces dernières années. D’autre part, il y a eu au moins deux projets de films dans lesquels nous nous étions lancés mais qui n’ont pas pu voir le jour pour diverses raisons.

On dit du Conte de la princesse Kagayua que c’est votre dernière révérence au monde du cinéma d’animation, avez-vous décidé, comme l’a fait Hayao Miyazaki, de prendre votre retraite?

Je n’ai pas du tout l’impression d’avoir tiré ma révérence. Si on me donne l’occasion de travailler sur un nouveau projet de film, il y a encore beaucoup de choses que j’aimerais faire. Il est vrai que je ne suis pas sûr de faire un autre film, mais si je décide de m’investir dans un projet, je m’y mettrai à fond.

Vous semblez être ouvert à toutes les possibilités, pensez-vous un jour sortir du domaine de l’animation et faire un film avec des acteurs réels ?

On m’a proposé à divers stades de ma carrière de réaliser des films avec de vrais acteurs, mais j’ai toujours refusé, parce que pour moi ce que j’essaie de faire a des limites, et ces limites correspondent au cinéma d’animation. C’est seulement dans ce domaine- là que je pense pouvoir donner forme à mes projets. Peut-être que le plus évident est de dire que les images des films d’animation ressemblent beaucoup au réel. Mais pour moi, ce que je mets dans chaque film prend sens uniquement parce qu’on est dans le dessin animé. Faire la même chose avec des acteurs serait totalement inintéressant, et le résultat serait sûrement très plat.

Pensez-vous qu’il y a une relève pour le cinéma d’animation, aussi bien au Japon que dans le monde?

En tout cas je le souhaite, et je pense qu’il y a effectivement des talents qui émergent. Mais si l’on regarde la production mondiale dans son ensemble, on remarque une tendance vers l’imagerie en trois dimensions. Il y a des choses très intéressantes produites par ces techniques, mais je pense qu’il y a une tendance vers la perte de la variété du cinéma d’animation. Aujourd’hui, on investit beaucoup dans ce type de techniques, et on oublie qu’il existe d’autres approches. Nous assistons à une uniformisation du cinéma d’animation, et ça me semble dommage de réduire le champ de possibilités.

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