J’aimerais bien voir «La fille qui…» jouée au Maroc et ailleurs

J’aimerais bien voir «La fille qui…» jouée  au Maroc et ailleurs

Entretien avec Mounia Belafia, écrivaine et journaliste marocaine

L’auteure et journaliste marocaine Mounia Belafia, travaillant pour le compte de Radio Monte Carlo Doualiya en France, vient de publier une nouvelle pièce de théâtre intitulée «La fille qui…» chez la maison d’édition française Les Mandarines. L’écrivaine, qui aborde le viol dans cette œuvre, livre son regard sur ce phénomène aberrant. Elle établit également des comparaisons entre la publication de pièces de théâtre au Maroc et dans l’Hexagone.

ALM : L’intrigue de votre pièce de théâtre aborde l’histoire d’une fille tirée à quatre épingles qui finit par être violée, alors que la couverture de l’œuvre affiche une femme voilée. Est-ce pour créer un contraste ?

Mounia Belafia : C’est pour exprimer un contraste dans la société et la justice puisque la fille « Aicha », personnage principal de la pièce, servante dans un restaurant qui rentre tard le soir chez elle, trouve un réconfort chez sa mère suite à son viol; les deux décident de partir chez la police. A ce niveau-là, un processus est créé avec la mère qui fait face à ces deux contrastes qui marquent le quotidien des femmes. Ceux-ci sont imprévisibles puisque tout peut basculer. Dans la pièce, c’est une jeune fille normale qui perd son identité et son sourire qui se décline. Le contraste est également exprimé dans la pièce lorsque «Aicha» cède, suite à son viol, à la volonté de sa mère qui l’oblige à se cacher sous une couverture noire. La mère essaie de faire de cette couverture une protection. En couvrant la fille, qui a perdu sa virginité, la génitrice  domine celle-ci pour la protéger de la société. Ce sont les femmes, violentées d’une manière ou d’une autre, qui sont protectrices contre la subordination au patriarcat. L’idée principale de l’œuvre étant que la femme multidimensionnelle n’est pas définie par son corps.

Pourquoi parler de ces souffrances alors que vous évoluez dans une société émancipée ?

Cela fait six ans que je vis en France et cela n’a rien changé en moi. Par contre, j’ai subi les mêmes souffrances que les femmes marocaines. Je suis aussi ce qui se passe au Maroc. Je parle également d’expériences que j’ai vues. De plus, la lutte des femmes pour la reconnaissance de leurs droits est quasiment la même au niveau mondial. Dans le monde arabe et en Afrique, il reste beaucoup à faire. Les femmes, qui font l’objet de stéréotypes, sont souvent sous la pression de la société.

Plusieurs auteurs ont abordé le viol. En quoi vous distinguez vous?

Toute œuvre a une valeur ajoutée. Pour ma part, j’ai donné une vision différente du viol en traçant un dilemme entre les aspects social, sociétal, juridique et psychologique. C’est aussi pour exprimer mon militantisme et mon engagement. Ce qui est bien, c’est que tout le monde puisse dire son mot. Il est nécessaire de dire son mot avec sincérité pour faire changer les choses peut-être.

Envisagez-vous de faire interpréter votre œuvre par une troupe?

Pour l’heure, j’ai été approchée par une troupe française. Nous l’avons déjà débattue. Par contre, j’aimerais bien voir la pièce jouée au Maroc parce qu’elle reflète des cas dans le pays. J’aimerais bien aussi la voir interprétée ailleurs. Une mise en scène est un plus. Cela donne une vie à la pièce. Déjà, la lecture de pièces de théâtre, que j’adore faire, permet de faire sa propre mise en scène.

La publication de pièces de théâtre est rare au Maroc. Pourquoi ?

On ne s’intéresse pas à l’écrit au Maroc. C’est dommage. J’ai vu beaucoup de pièces au Maroc, mais quand je cherche le texte, je ne le trouve pas puisqu’il n’est pas publié dans un livre. Si la mise en scène donne vie devant le public, le texte offre un aspect éternel au sujet. Cela permet aussi d’y revenir. L’intérêt d’une pièce c’est qu’elle soit jouée par des troupes et qu’il y ait un travail lors de la mise en scène surtout quand celle-ci ne colle pas au texte. Comme vous dites, c’est rare de voir vendre des pièces au Maroc où l’Etat doit donner une place prioritaire à la culture et l’art. On s’intéresse aussi à construire des salles sans former les ressources humaines. Même en France, c’est un parcours très difficile d’écrire une pièce, d’y croire et de la publier. Beaucoup d’éditeurs demandent de publier au compte d’auteur. Je ne voulais pas que cela soit de cette manière. Alors j’ai choisi les éditions Les Mandarines qui sont spécialisées en pièces de théâtre et qui éditent par amour pour cet art.      

Certains pointent du doigt le recours de dramaturges marocains aux écoles internationales en guise d’inspiration. Qu’en pensez-vous ?

Il est vrai qu’il y a des expériences et des tentatives d’avoir des courants. Pour ma part, je trouve que l’inspiration est à applaudir. Elle permet d’évoluer. L’inspiration est aussi une ouverture sur d’autres mouvements qui ne peut qu’être bénéfique. Même les cinéastes se vantent de s’inspirer. Cependant, il ne faut pas oublier ses origines tout en ayant son propre style parce que cela permet de créer un art spécifique.

Auriez-vous d’autres projets ?

Je suis sur deux. Quand je travaille sur un projet, je le mets au frigo, je l’oublie pendant quelques mois, s’il me plaît j’y reviens et je fonce. En tout cas, j’écris beaucoup. J’ai parallèlement écrit «La fille qui…» en langue arabe que j’adore. J’ai aussi un autre roman en cours de correction. Il est prévu pour  l’année prochaine. J’ai de plus un projet de film. Pour rappel, je publie également des rapports avec des organisations internationales.

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