Jalil Bounhar : «Les gens originaires de ce quartier sont serviables et généreux»

Jalil Bounhar : «Les gens originaires de ce quartier sont serviables et généreux»

Vous êtes originaire de Derb Sultan, qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans ce quartier?
Les stars de la musique les plus connues de l’époque fréquentaient le café «Mauritanie» situé à Derb Sultan. On pouvait rencontrer Maréchal Kibou, Mohamed El Bidaoui. C’étaient des gens modestes, on pouvait les saluer, le plus simplement du monde. Ce café accueillait la crème des personnalités les plus connues : politiciens, artistes et autres VIP de l’époque. Il y avait aussi le café Nahda qui était à la même époque un peu l’équivalent du café Igloo que fréquentait la jeunesse européenne. Toute l’élite s’y réunissait. C’est là où a débuté Vigon.  Et celui qui osait mettre du chaabi dans le juke-box était taxé de campagnard.

à votre avis, qu’est-ce qui distingue les gens de Derb Sultan?
Durant mon parcours personnel et au cours de ma carrière de photographe reporter international, (j’ai fait mon premier cliché de ce quartier en 1983) j’ai eu l’occasion de rencontrer beaucoup  de gens de grandes qualités issus de Derb Sultan notamment policiers, employés administratifs, ou autres. Ainsi plusieurs personnalités sont issues de ce quartier. Ce sont tous des gens serviables et généreux. Un ami de mon enfance travaille à la Nasa, un autre est un juge au Parquet. A Derb Sultan, j’ai hérité la sociabilité et la convivialité des gens.
 
Est-ce que vous inculquez à vos enfants les valeurs que vous avez acquises à Derb Sultan ?
Ma mère vit toujours à Derb Sultan, au boulevard «El Fida». Je lui rends visite avec mes enfants deux fois par semaine, mercredi et samedi. Mon fils a des amis à Derb Sultan bien qu’on habite ailleurs. Il me demande souvent d’y aller et je crois qu’il est forcément imprégné par l’âme de ce quartier.
 
Mais, Derb Sultan est aussi un quartier difficile ?
Derb Sultan est un quartier prolétaire, difficile. Les événements meurtriers des années 65 peuvent en témoigner. Aussi pour vous dire, le boulevard de Suez a été surnommé le boulevard du crime par les Européens du temps du protectorat. Ces derniers ne pouvaient pas le traverser sans avoir peur d’y laisser leur peau. C’était le fief de la résistance. Par ailleurs, enfant, je ne pouvais pas rester à la maison sans que quelqu’un m’appelle toutes les cinq minutes. Et au bout d’un moment, j’ai su que je ne réussirai pas ma scolarité en restant dans ce quartier. Je suis donc parti à l’âge de 14 ans suivre mes études en internat à Marrakech. Je ne revenais qu’une fois par mois ou durant les vacances d’été. Je crois que c’est grâce à cet éloignement que j’ai pu me concentrer sur mes études. Cela a fait des émules dans le quartier parmi les élèves les plus brillants de ma génération.

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