«Je ne suis qu’un passéiste»

«Je ne suis qu’un passéiste»

ALM : Dans quel état d’esprit avez-vous rédigé votre dernier article sur le cinéma ?
Alain Delon : Je l’ai rédigé au mois de juin dans un état d’esprit particulier. Le texte avait une cible bien identifiée. C’était « La Règle du jeu », la revue de Bernard Henri Lévy. Ce texte a été repris, à mon insu, mais avec mon accord tacite par « Le Nouvel Observateur » et d’autres publications. A tel point que j’ai été complètement dépassé. Je n’ai pas envie de m’étendre sur ce sujet. J’ai dit ce que je pensais dans un certain état d’esprit, un certain contexte et à un certain moment. Et puis si le texte a été repris partout, je ne vais pas à chaque fois en justifier la teneur.
Vous écrirez encore : mon cinéma est mort ?
Je le confirme ! J’ai annoncé en 1996 que je ne ferai plus de cinéma et je m’y suis tenu. Personne n’y a cru. Les gens pensaient qu’il s’agissait d’une boutade. Pourtant, depuis cette date-là, je n’ai plus fait de cinéma. J’ai fait du théâtre, de la télé. A côté de cela, j’ai toujours dit : il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Et que si un jour je trouvais un scénario exceptionnel, avec un metteur en scène qui me convient, genre Spielberg, Luc Besson, Bertrand Blier ou autres, je réfléchirai deux fois avant de dire : non ! Donc la porte est ouverte, tout est possible au regard de la qualité du sujet et du metteur en scène.
Et ce sujet, vous ne l’avez pas encore trouvé ?
Pas du tout ! Pas du tout ! Je n’ai aucun projet cinématographique.
Le dernier long-métrage, « Une chance sur deux », dans lequel vous avez joué à côté de Belmondo, est-ce qu’il serait derrière votre décision de renoncer au cinéma ?
Non, parce que j’ai annoncé ma décision de quitter le cinéma, avant que le film ne sorte. Tout le monde le sait. Le film n’a pas eu le succès pressenti ou attendu. Si j’avais fait mon annonce après sa sortie, tout le monde aurait pu l’interpréter comme la conséquence d’une déception. Mais je l’ai faite avant qu’il sorte, en pensant que le film serait un triomphe. Donc j’avais pris ma décision tout à fait clairement et lucidement.
Est-ce qu’il y a un cinéma que vous aimez encore aujourd’hui?
Je ne vais plus beaucoup au cinéma. Je pense qu’en Europe, il n’y a plus de cinéma national. Il existe du cinéma de personnalité. Il y a quelques cinéastes par pays, Ozon en France, Almodovar en Espagne, mais le cinéma que j’ai connu et aimé est un cinéma national. Aujourd’hui, et malheureusement pour moi, il n’y a que le cinéma américain qui affiche une identité fortement marquée. Alors qu’il y a encore quelques années, il existait un cinéma national. Je déplore qu’on ne puisse plus parler aujourd’hui d’un cinéma français ou italien.
Vous ne craignez pas d’être qualifié de passéiste ?
Mais je suis un passéiste ! Où est le problème ? Chacun vit avec soi-même comme il l’entend. Bien sûr que je suis un passéiste. Je ne suis qu’un passéiste ! Et alors ? J’ai le droit ?

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