Jérada ou la désillusion

«Il était une fois Jérada »… C’est le titre du reportage que nous propose, ce soir sur 2M à 21h20, Soumia Drouri journaliste, qui s’est rendu dans la ville de Jérada pour l’émission «Grand Angle». «Il était une fois Jérada», ou l’histoire d’une région enclavée, empreinte de désillusion, aux allures anarchiques, en plein milieu de nulle part dans le Maroc oriental profond, dans la circonscription de la ville d’Oujda, est un reportage plein d’émotion. Emotion car le reportage zoome sur les anciens mineurs, leurs visages dévastés par le temps, leurs yeux désenchantés, leurs paroles pleines d’enthousiasme quand ils parlent de leur mine… Images éloquentes des vestiges d’une mine désormais désertée qui a été jadis florissante.
Succession de témoignages poignants des Jeradiens, habitants de la ville, anciennement mineurs, aujourd’hui sans rien, et qui se raccrochent pourtant à un souvenir. Images «des reconvertis» de Jérada, de leurs enfants, de leurs femmes, de la mine et du cauchemar de la vie de tout ce petit monde concentré dans ce fragment de terre isolé et sans ressources… Mais Jérada, aujourd’hui ville fantôme aura connu sa période de faste. On apprend au fil des commentaires que la ville est née, il y a 70 ans autour de la mine de charbon. Laquelle mine de charbon a été découverte par pur hasard par des Belges. Puis les Français sont venus et le tour des Marocains est arrivé. La mine s’est installée à l’emplacement du premier puits de charbon. Elle aura employé et fait vivre jusqu’ à 7000 mineurs.
Aujourd’hui Jérada a le pouvoir d’achat le plus faible de l’Oriental. Soumia Drouri s’est rendue dans cette Province du Maroc Oriental, avec une équipe de 2M, du 3 au 7 mars 2002, pour essayer de comprendre et d’expliquer la situation, aujourd’hui dramatique de la ville. Revenue choquée, elle explique : «En fait ce qu’il faut savoir c’est qu’au début, il n’y avait rien. Puis il y a eu la découverte du charbon vers 1925 par les Belges. Et la ville est née autour de la mine. Toute l’activité du coin était concentrée autour de cette exploitation.
Aujourd’hui, après la fermeture de la mine suite à une décision du gouvernement, du ministère de l’énergie et des mines et du BRPM, Bureau de recherche et de participation minière, Jérada n’est plus qu’une ville fantôme qui n’a plus aucune source de revenus, aucune structure, aucune industrie. Au départ la mine employait 7000 mineurs et quand elle a commencé à être déficitaire vers les années 70, l’Etat a injecté de l’argent pour couvrir le déficit .
En 1997, il ne restait plus que 4700 mineurs. Puis après plus rien. Suite à un plan social qui a permis d’indemniser la majeure partie d’entre eux, il y a eu ceux qui sont quand même restés à Jérada, d’autres qui sont partis, certains qui ont réinvesti leur argent et ceux qui travaillent encore de manière informelle, dans la montagne, pour ramener du charbon au péril de leur vie.».
Le reportage dure 26 minutes. 26 minutes qui en disent long sur le mode de vie des Jerradiens et leurs aspirations actuelles, un authentique cri du coeur, un incontestable appel au secours… Les images qui se succèdent et se ressemblent sont celles de la réalité d’un monde parallèle, voué à l’oubli, et aujourd’hui laissé pour compte…

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