Kachbal et Zeroual, les inséparables

Kachbal et Zeroual, les inséparables

«Ah, non, non, je ne parle pas en son absence». Kachbal sans Zeroual, on aurait du mal à se faire à l’idée et ce duo, également. Aucun des deux ne vous parlera en l’absence de l’autre comme s’ils étaient siamois. Normal, ils représentent la paire humoriste la plus populaire, à l’image de Laurel et Hardy. Sauf que Kachbal et Zeroual ne font pas dans le cinéma, mais dans le spectacle à la saveur de «halqa» où musique et blague ne font plus qu’un. Les deux humoristes sont de la même famille et habitent Settat où ils sont nés. «Moi, je m’appelle Haj Ali Bachar et, lui, qui est mon neveu (fils de mon demi-frère), s’appelle Mohammed», précise Kachbal. De l’énergie et du rire à en revendre, c’est cela qui leur fournit leur carburant quotidien. Ces deux hommes sont âgés de…, bref, à les voir, on n’accorde plus d’importance au nombre d’années qu’ils peuvent bien avoir et d’ailleurs eux non plus : «On est nés tous les deux la même année : 1932. Je ne sais pas combien ça fait, mais le plus important, c’est d’être en bonne santé, n’est-ce pas ? », lance Kachbal. La santé est, certes, précieuse, mais si Kachbal tient à le souligner c’est qu’il y a bel et bien une raison. Le duo a dû longtemps s’éclipser de la scène parce que Zeroual, ou plutôt Mohamed, a été très malade. Voilà qui corrigera certainement l’idée fausse qu’avaient certains de la disparition de Kachbal et Zeroual, imputée au fait que nos humoristes seraient «démodés». «Quoi ? Démodés ? Mais nos admirateurs sont de plus en plus nombreux et de plus en plus jeunes. Vous savez, ce sont les «chabab» justement qui adorent les blagues et les esprits ouverts. Ils rigolent plus que les anciens ! », tient à faire remarquer Haj Ali. Pas la peine de chercher des preuves. Kachbal et Zeroual soulignent qu’en période d’été, leurs admirateurs qui habitent à l’étranger viennent presque chaque jour frapper à leur porte. Poussés par la nostalgie du «bled» et plus particulièrement de «Kachbal et Zeroual», qui ont marqué l’enfance de l’ensemble des Marocains, plusieurs viennent se rafraîchir la mémoire et apaiser le cœur. Le rire, c’est un remède miracle grâce auquel Kachbal et Zeroual ont construit une grande notoriété et toute une vie. Il faut revenir aux années 50 pour retrouver le tout début de l’histoire : «C’est à cette époque que je me suis acheté un guenbri que j’ai trouvé à Marrakech. Il a été fabriqué avec du bois de noyer et il m’avait coûté 20 DH. Pour les années 50, c’était une grosse somme. Maintenant, ce prix équivaudrait à plus de 1000 DH», raconte Kachbal qui garde toujours son instrument fétiche dans une vieille valise. Il en prend soin, et c’est compréhensible, car son don pour l’animation, il l’a toujours agrémenté aux rythmes des cordes. Les parents de Kachbal et Zeroual faisaient déjà de la musique, et plus spécialement celle d’inspiration mystique des « Amdah». Au tout début, Kachbal avait commencé en compagnie de son frère. Mais, le duo n’avait pas longtemps duré et c’est alors que Ali fait appel à Mohamed qui, lui, fait du «bendir». Les deux s’essaient à de petits shows qui deviennent très vite de grands succès dans les cérémonies de mariage. Au fait, d’où vient ce surnom de Kachbal et Zeroual ? «C’est le public qui nous a donné ces pseudonymes. Lorsque nous nous produisons devant le public, on nous lançait toujours : « kachbl et zeroual lina !» (fait-nous rire !). Donc, on a pris cela comme étiquette et on s’est fait appeler “Kachbal et Zeroual“». expliquent-ils.
Après avoir recueilli une grande renommée à Settat, les 33 tours leurs ont permis d’élargir un peu plus leur célébrité. «C’est grâce à ces assiettes, comme on les appelle chez nous, que de grands artistes, dont Bachir Laâraj, nous ont fait connaître à travers tout le Maroc», confie Haj Ali. Leur première chanson, ils se rappellent l’avoir enregistrée à Aïn Chok (Casablanca). C’était le début d’une grande aventure pour les deux hommes qui se retrouvaient souvent pour s’entraîner, écrire leurs chansons, accorder les rimes et les rythmes et mettre à l’épreuve leur complémentarité. A ce propos, ils donnent l’impression qu’ils n’ont jamais été en désaccord. Les idées que proposait Kachbal avaient tout de suite l’adhésion de Zeroual. Et les blagues ? «On les prépare ensemble aussi en prenant compte de ce qui nous touche et touche notre public», répond Kachbal. En principe, aucun spectacle n’est présenté avant qu’il ne soit «expérimenté» auprès d’autres. Dès que les rires éclatent, on est certain d’ores et déjà que ce sera un succès.
Devenus célèbres, ces deux humoristes se sont facilement transformés en référence et pour certaines marques, Kachbal et Zeroual étaient les mieux indiqués pour passer le message facilement dans une publicité. Des piles de radio du fameux cheval blanc au portable, pour les deux humoristes, il ne s’agit que d’un travail ni plus ni moins. «Si on nous fait une commande, pour un spectacle ou pour une marque, nous prenons une semaine pour présenter notre petite chanson», déclare Kachbal, en souriant. La publicité présente des avantages, et celle qui passe ces jours-ci à la télé, a permis aux deux humoristes d’avoir un nouveau portable.
Le monde du spectacle et de l’animation, il n’y a pas que cela dans la vie des deux humoristes. Kachbal est père de dix enfants, dont le dernier a 2 ans. Il a eu, en fait, 7 enfants d’un premier mariage. Après la mort de sa première femme, il a épousé la jeune Touria, 38ans, originaire de la région de Beni Mellal, qui lui a donné 3 autres enfants. «Mes enfants me donnent la joie de vivre. J’oublie tout quand je suis avec ma petite Selma», confie Kachbal. Zeroual, lui, a cinq enfants. Mais aucun des deux humoristes n’a initié sa progéniture au monde du rire et de la chanson. Alors, l’avenir? «Le plus important, c’est que l’on soit satisfait avec ce que l’on a. Nos enfants ont construit leur vie, ils viennent toujours nous voir et ils sont en bonne santé. Que voulez-vous de plus ?», répond Kachbal. On n’oserait pas répondre à la question. Les deux amis voient la vie le plus simplement possible. A Settat, ils font tous les deux de l’agriculture : blé, lentilles, pois chiches… Au champ comme à la vie, ils sont toujours en labeur.

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