septembre 25, 2018

 

Khadija Ridouane : «Je rêve d’interviewer la première dame du Maroc»

Khadija Ridouane : «Je rêve d’interviewer la première dame du Maroc»

ALM : Parlez-nous de la femme que vous êtes avant tout. 
Khadija Ridouane : Question existentielle  Je dirai que suis une femme simple qui aimerait tant ne pas se prendre au sérieux. Mais j’ai un tel sens de l’engagement dans tout ce que je fais que j’ai du mal à lâcher prise, à me laisser vivre…

Comment est née en vous cette vocation pour le monde des médias? 
Depuis le lycée. Dans les fameuses dissertations où l’on devait décrire le métier que l’on ferait plus tard, j’évoquais systématiquement celui de reporter. Une sorte de fascination qui est née au contact des livres (je m’isolais souvent pour lire et pour écrire). La question ne s’est donc pas posée après le Bac, entrer à l’école de journalisme était une évidence. Les études ont conforté cette vocation comme vous dites. Résultat : près de 23 ans de pratique professionnelle et j’y suis encore. Beaucoup de plaisir, de frustrations aussi et de stress, mais toujours sans regrets.

Quelle est votre rubrique fétiche?
Je n’ai pas de rubrique fétiche, même si la rubrique politique m’a collé à la peau. Un de mes anciens patrons m’avait poussée vers cette voie avec beaucoup d’insistance. C’était au début des années 90. Je voudrai lui témoigner ici ma gratitude. Il se reconnaîtra. En côtoyant le monde de la politique on devient cynique et lucide à la fois.

Parlez-nous de votre parcours professionnel. 
J’ai débuté ma carrière à la fin des années 80 au sein de la radio marocaine. J’étais correspondante à Casablanca de la chaîne Inter. Ce qui correspondait à ma formation initiale puisque je m’étais spécialisée en audiovisuel. S’en est suivie une longue parenthèse en presse écrite, une quinzaine d’années où j’ai travaillé pour des supports différents (un mensuel, un hebdo et trois quotidiens). Un parcours riche en expériences professionnelles et humaines. J’ai refermé la parenthèse de la presse écrite en janvier 2007 par un retour à la radio. L’occasion m’a été offerte de contribuer à l’installation du projet éditorial d’une radio privée en l’occurrence Atlantic, au démarrage de la libéralisation des ondes. Une marque de confiance qui m’a donné un vrai élan et m’a permis de tester et d’exercer mes capacités à gérer des équipes. L’aventure continue depuis mars 2009 à Aswat, dont je dirige les programmes et l’info.

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées dans votre carrière?  
Des difficultés qui sont inhérentes à la pratique du métier dans notre pays. Un accès mal aisé aux sources de l’information et pendant de longues années un exercice de la profession rendu difficile dans des structures fermées et peu engageantes pour la prise d’initiatives professionnelles. Mais cela est derrière moi. Même l’accès à l’info est aujourd’hui balisé par la nouvelle Constitution.

Quel est l’événement que vous avez couvert et que vous n’oublieriez jamais?
La reconstruction au Kosovo. J’étais assise à une table lors d’un dîner face à un Albanais et à ses côtés sa femme serbe. Les deux entités en guerre se retrouvaient dans une même famille, désemparées. Quel camp pouvaient-elles choisir ?

Quel événement rêvez-vous de couvrir?
Plutôt qu’un événement à couvrir, je dirai une interview à mener. J’ai déjà interviewé une première dame d’un pays d’Amérique latine, un chef d’Etat africain…Serait-ce prétentieux de rêver un jour le faire chez soi ? Je rêve, donc, d’interviewer la première dame du Maroc.

Pouvez-vous nous faire une lecture de l’évolution de la presse au Maroc?
Globalement, on peut dire que la presse marocaine a gagné le pari de la liberté d’expression. N’en déplaise à ceux qui rédigent des rapports téléphonés sur le sujet, sans prise avec la réalité du terrain, dans le confort de buildings new-yorkais ou parisiens. Les années du BAT, (le bon à tirer) visé par le ministère de l’Information, sont loin, très loin derrière nous. Aujourd’hui, il n’y a pas de sujet tabou. L’adoption d’une loi régissant le droit d’accès aux sources et à l’information sera une garantie supplémentaire à un exercice libre et transparent du métier. Une balise pour un code de la presse moderne. Mais si le sillon de la liberté n’a cessé de se creuser depuis le début des années 90, le secteur de la presse prêche – dans certains cas – par un manque de rigueur professionnelle. Une situation qui doit interpeller les journalistes. L’autorégulation est un chantier dont on ne peut faire l’économie aujourd’hui. Cela passe par l’installation d’un code éthique.

Comment voyez-vous votre avenir dans les médias?
A ce propos, je citerai Jean Janin : «Le journalisme mène à tout, à condition d’en sortir».

Avez-vous d’autres talents cachés au-delà de la plume?  
Je devrai essayer le théâtre. Il paraît que j’ai des dons de comédienne.

Et côté cœur, comment se porte Khadija Ridouane ?
Je suis un cœur à prendre.

Vous êtes également une femme qui se distingue par beaucoup de présence. Cela a-t-il été un atout dans votre vie professionnelle? 
Cela peut être souvent un handicap. Susciter des jalousies dans son entourage professionnel fait dresser des barrières face à une ascension méritée. 

Vous avez un joli sourire. Quel en est le secret?
Merci pour le compliment. Il reflète peut-être ce qu’il y a à l’intérieur.

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