Khalid Tamer : «Capitalisons sur les compétences artistiques marocaines»

ALM : Comment est née l’idée d’organiser un festival mettant l’accent sur le verbe, la parole, mais aussi le geste et le mouvement exécuté au cœur de l’espace public ?
Khalid Tamer : Chaque fois que je reviens au Maroc, je me rends compte qu’il y a un manque terrible d’infrastructures. Nous n’avons pas assez de salles de théâtre et notre public n’est pas encore habitué à aller voire des spectacles de théâtre. Il fallait trouver une nouvelle manière d’inviter les spectateurs à découvrir la beauté de l’art de la scène. J’avais créer au niveau de l’Institut français de Casablanca le spectacle «L’avare» de Molière sur tréteau. C’était un spectacle à la fois populaire et contemporain. Et depuis j’ai commencé à réfléchir sur comment introduire ce genre de spectacles dans les villages et les places publiques. C’est ainsi que l’idée m’est venue de faire un festival d’art populaire, spectacles de rue, acrobatie, conte… Au niveau de ce festival, j’ai voulu mettre de la qualité car je ne supporte pas le misérabilisme.

La seconde édition «Awaln’art» est une plongée au cœur des racines africaines, avec notamment la compagnie malienne «Yaya Coulibaly»… Comment s’explique ce choix ?
La compagnie malienne « Yaya Coulibaly », est l’une des plus grandes troupes africaines qui tourne un peu partout dans le monde. Les spectacles programmés vont permettre de mélanger les publics. Il s’agit de puiser au cœur des racines africaines dans le but de valoriser l’africanité du Maroc, de mettre en valeur les artistes africains. Le spectacle de «Cie Ex Nihilo» (France), de danse contemporaine urbaine à Bab Doukkala, interpelle le public autrement. Pour les passants, c’est un parcours informel qui se découvre au cours de leurs propres chemins dans la ville. Ce n’est pas un spectacle, plutôt une invitation à s’arrêter un instant, pour regarder la danse de ces artistes qui marchent, se regardent, se dispersent…

Que signifie le mot «Awaln’Art»?
«Awaln» en berbère veut dire «Kalma», parole ou mot. Nous voulons mettre en valeur la parole d’art, celle du conteur, de l’acrobate… et voire quelle est la nature de notre parole, comment elle est véhiculée et perçue…
C’est une manière de redorer et sauvegarder l’espace public.. Nous cherchons une interaction entre le public et les artistes. On cherche la simplicité la qualité et l’universalité. Nous présentons un spectacle intitulé Koulouskout (France) qui met en scène deux jeunes filles, l’une algérienne et l’autre marocaine qui sortent d’une école de cirque et qui parlent de leurs conditions en tant que femmes en France. C’est important pour nous, immigrés, de parler de notre double identité franco-marocaine, qui fait de nous ce que nous sommes. Je dis souvent aux jeunes qui vivent de l’autre côté de la frontière que si on est ensemble, aujourd’hui et demain, le Maroc peut devenir compétitif. Le Maroc se construit avec les Marocains vivants au Maroc et ceux qui vivent au-delà des frontières. 

Vous avez créé deux compagnies, la première en France «Graines de soleil» en France et «Eclats de lune» à Marrakech.
C’est important pour moi en tant que directeur artistique de faire une structure marocaine en formant de jeunes Marocains ici et qui m’accompagnent en Europe pour des stages. Je voulais établir un lien fort entre les jeunes d’ici et ceux de là-bas.

Vous avez commencé par la danse et puis vous avez bifurqué vers l’art de la scène. Comment s’explique cette virée ?
A un moment de ma vie, j’étais trop dans le silence et j’avais besoin d’entendre des mots. Je voulais trouver des mots qui dansent. Il fallait alors chercher le mot qui va avec le corps et le corps qui va avec le mot. Ce sont deux moyens de communication et de transmission. Dans mon théâtre, le corps est tout le temps en mouvement comme une danse. La vie, c’est le mouvement, des gens qui se croisent et se décroisent, qui se regardent, qui s’évitent du regard… Mes spectacles sont des corps dansés. Je danse avec le mot.

Vous êtes en train de monter un centre de formation qui sera un lieu de transmission.
C’est dans la région de Tahannaout. Il s’agit d’un centre de formation et de création Sud-Sud, au niveau des arts de l’acrobatie, la danse, la lumière, l’écriture, le théâtre… J’ai toujours privilégié les espaces loin de la ville. La durée de la formation est de deux années après le Bac. Nous avons un accord avec le gouverneur de la province d’Al Haouz qui est prêt à nous soutenir. Nous l’en remercions. On a beaucoup de compétences au Maroc qu’il faut capitaliser.

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