Khalil Damoun: «On a tendance à marginaliser le rôle des critiques dans les médias»

Khalil Damoun: «On a tendance à marginaliser le rôle des critiques dans les médias»

ALM : Selon les parts d’audience révélées par Marocmétrie pendant les premières semaines du mois de Ramadan, les chaînes étrangères drainent plus de téléspectateurs que les chaînes marocaines en période (hors part time), quelle est votre lecture de la programmation des chaînes marocaines en ce mois sacré?
Khalil Damoun : On constate clairement que la grille de la programmation des chaînes est pratiquement identique. C’est vraiment du copier-coller. Toutes les deux font, chaque jour, du comique, des sitcoms, des feuilletons, et un peu du religieux, sans toucher aux informations. Un peu tard dans la nuit, un film ou une émission intouchable telle «Khait lebied» ou un feuilleton doublé. Comment voulez-vous que les gens regardent les mêmes choses, les mêmes visages, les mêmes grimaces, les mêmes banalités, le même rythme pendant plusieurs années? Par exemple, le sitcom «Koulna jirane» a «importé» cette année des comédiens hors du Maroc, mais il en a fait venir les plus mauvais, c’est-à-dire les moins coûteux. C’est une grille qui se répète inlassablement et bourrée de publicité. Avant et après l’appel à la prière du Maghreb,  c’est vraiment du délire publicitaire. Si on s’amuse à compter le timing de la publicité durant cette programmation cela va vraiment déboucher sur un temps énorme. Plus on avance dans la nuit moins on trouve de publicité, c’est normal que les chaînes marocaines enregistrent moins d’audience.

Que pensez-vous de la qualité des productions cinématographiques marocaines diffusées en ce mois ?
A vrai dire c’est bien de voir les productions cinématographiques marocaines à la télévision. Mais on doit voir tous les films et pas quelques-uns qui riment avec la conception télévisionniste. C’est-à-dire on ne laisse passer qu’un «cinéma propre», soit au niveau du contenu, soit au niveau de la forme. Et puis ces films se passent sans débat ni commentaires. Et cela choque le téléspectateur qui essaie de comprendre pourquoi on passe ces films et pas les autres. On passe les films marocains seulement parce que les cahiers des charges les obligent à les faire passer.

Quel rôle joue le critique dans le développement du cinéma marocain ?
Le critique joue un rôle primordial dans le développement du cinéma national. D’ailleurs le cinéma national a fait un bond magnifique. Et c’est grâce aux écrits dans les journaux sur les films marocains, aux émissions à la radio et la télévision, entre autres, que les critiques marocains présentaient dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix. Malheureusement, on a tendance à marginaliser le rôle des critiques dans les médias : les journaux laissent peu d’espace à la critique. Pratiquement à la radio et à la télé il n’y a pas de vraies émissions qui peuvent ouvrir un vrai débat sur la production nationale, et quand il y a débat il se fait en l’absence des critiques.

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