Kristin Marion : «Le gospel est ma manière de prier par le chant»

Kristin Marion : «Le gospel est ma manière de prier par le chant»

ALM : Vous avez  enregistré un album à Rabat avec le concours de plusieurs musiciens vivant au Maroc dont le fameux M’jid Bekkas. Pouvez-vous nous présenter cet album?
Kristin Marion : L’histoire de ce CD a commencé à Rabat l’année dernière. En 2007, je suis venue me produire plusieurs fois au Maroc, attirée par la beauté du pays et l’accueil chaleureux des Marocains. Lors de mes concerts à Rabat, j’ai fait la rencontre de M’jid Bekkas et nous avons échangé nos ressentis musicaux. De là, j’ai proposé tout naturellement à Majid de fusionner nos deux univers : jazz vocal (Scat Singing) et musique gnaoua. Ayant été accompagnée par des Marocains comme Hassan Souissi et Ali Souissi, j’ai commencé à m’imprégner de nouveaux rythmes traditionnels et de sons arabisants. D’autres musiciens m’ont suivi dans cette aventure : Joël Pellegrini, batteur vivant à Rabat ainsi que Paul Michel Amsallem, au piano. Tous ces musiciens travaillent en étroite collaboration avec Majid et certains sont, comme lui, des enfants du pays.  William Brian Hoog, brillant saxophoniste américain, vivant àMarrakech, nous a apporté son incroyable phrasé au saxophone et un son d’une grande pureté ! Harry Goffin nous a rejoints à la contrebasse, apportant son énergie et ses racines guadeloupéenne et africaine. Ainsi, après une semaine de studio à Rabat, nous venons de terminer l’enregistrement de mon nouvel album qui va donc sortir d’ici quelques mois, mêlant jazz et gnaoua. Cette semaine a été merveilleuse: diversité de mélange de  rythmes, de sons et une grande complicité humaine !
Souvent partis d’une couleur jazz en quartet ou quintet, les musiciens marocains ont incorporé des rythmes marocains traditionnels avec des jambés, des crotales, de la darbouka….   Et, selon le ressenti de M’jid, ce dernier a improvisé avec le gambri ou le oud. Chants traditionnels mêlés au swing avec une grande magie!!!
Des moments musicaux remplis de transe ancestrale !
 
Quels sont les thèmes de vos chansons ?
Nous venons d’enregistrer 9 titres: 7 compositions et 2 standards de jazz. Ces titres sont, pour beaucoup, des thèmes sur l’espoir, la foi dans le monde, l’envie d’avancer et de donner aux autres, ainsi que  des ressentis  sur notre existentiel. L’improvisation nous permet de nous «envoler» bien souvent et les paroles nous portent à voyager en nous-mêmes. Ce CD reste, je pense, très accessible pour beaucoup  pour son aspect festif et la diversité des styles : blues, swing, afro, latino, be-bop.

Comment êtes-vous arrivée au jazz?
Mes parents étant  des grands amateurs de jazz, j’ai était baignée dans les grands standards et le swing depuis mon plus jeune âge. Je suis issue d’une famille de chanteurs classiques depuis plusieurs générations et le chant m’a toujours attiré.
C’est vraiment par la danse swing que j’ai appris des dizaines de thèmes que j’ai improvisés avec mes pieds la musique que je ressentais avant de la chanter ! J’ai ensuite rencontré des jazzmen qui, voyant mes capacités naturelles à swinguer et improviser comme un instrument, m’ont proposé à me produire en trio et quartet dans la région PACA.  Au fil des années j’ai accru ma rencontre de musiciens internationaux comme Ray Drummond (USA) Keith Coppeland (USA) Riccardo Del Fra, Mario Stantchev, Daniel Huck, Tony Petrucciani, Robert Persi, Jean Jacques Ellangue, Francesco Castellani, Henri Florens, Marc Cisero, Willy Wash…..
 
Et le gospel ?
Le gospel est ma manière de prier par le chant. Cela a toujours été une démarche très personnelle, même si je me produis en concert. Les cérémonies traditionnelles à l’église, c’est ma manière de donner la paix à mon âme  et de communiquer le jazz en swinguant !
Que représente le jazz pour vous?
Un art de vivre, une passion. C’est donner aux autres des émotions intérieures, par l’improvisation. Le swing est intemporel dans le monde.
 
Quelles ont été vos influences?
Les grandes voix du jazz, incontournables sont Ella Fitzcerald,  Sarah Vaughan  mais aussi Chett Baker, Duke Ellington, John Coltrane, Georges Gershwin. Actuellement j’admire beaucoup Diane Reevres pour sa voix hors du commun et toute la musicalité africaine.

Quel est le point commun entre le jazz et la musique gnaoua?
Ce sont des musiques à la base très populaire, improvisatrices et, comme le gospel, empreintes de religion, de transe et de rythmes très répétitifs. Le gambri possède un son ancestral de contrebasse et les solos de oud se mêlent harmonieusement aux solos de piano jazz ou de saxophone.
Les notions de temps fort et faible sont dépassées par les mouvances de ces rythmes différents, ce qui donne à cette association musicale toute sa profondeur et sa richesse. Trouver une harmonie commune entre des instruments qui sonnent dans des tonalités différentes, reste une inépuisable richesse musicale.

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