La bataille du statut de l’artiste

Qu’est-ce que ce statut d’artiste pour lequel nos hommes de théâtres, peintres, chanteurs et musiciens se battent depuis des années ? C’est d’abord une reconnaissance de l’Etat du droit à l’existence de ses artistes. C’est aussi un signe fort de l’Etat à l’adresse des artistes. L’Etat témoigne, par le truchement de ce texte, de l’intérêt qu’il porte à la création et aux arts. Un pays qui ne se soucie pas de la situation de ses artistes est un pays qui fait peu de cas de la création, qui considère l’art comme une activité superflue et non pas comme un acte indispensable et nécessaire dans la vie des hommes.
Inutile de souligner l’importance de ce statut. Inutile de répéter qu’un pays qui ne reconnaît pas de statut à ses artistes est un pays qui dénie tout rôle à la création dans une société. Inutile de protester contre cela outre-mesure, ni de donner la parole à des artistes pour clamer leur indignation. Rappelons seulement les étapes qui ont conduit le texte régissant le statut des artistes au Parlement. Le premier état de ce texte a été élaboré par le ministère de la Culture après des concertations avec les hommes de théâtre, les musiciens, les chanteurs et les artistes plasticiens. Ce texte a été ensuite soumis à un expert de l’UNESCO qui l’a revu pour le rendre opérationnel. Il a été également étudié par un juriste marocain. Il a été approuvé avant les élections législatives par le Conseil du gouvernement et par le Conseil des ministres, présidé par le Roi. Il sera donc discuté au Parlement en vue d’être approuvé par les députés de la première chambre. Cette approbation est quasi acquise ; mais d’emblée, le Syndicat national des professionnels du théâtre, qui a fait du lobbying pour l’aboutissement du projet, tient en quelque sorte à manifester sa paternité du texte de loi. Il émet ainsi des réserves sur le contenu de ce texte.
Quatre réserves. La première a trait au fait qu’il faut réfléchir à une carte professionnelle des artistes émise par la ministère de la Culture, et ce pour barrer la route aux « parasites », selon les termes d’un homme de théâtre. La deuxième concerne l’accueil des artistes étrangers et la réglementation de leur séjour au Maroc.
Ils devraient dorénavant payer à l’Etat des droits de leurs prestations. La troisième concerne le travail des enfants dans les spectacles. Le code régissant le travail des enfants ne devrait pas agir pareillement dans le domaine des arts. Un enfant qui joue dans une pièce de théâtre n’est pas exploité. La quatrième et dernière réserve touche aux droits sociaux des artistes.
Il faut trouver des formules adéquates pour leur adhésion à la CNSS. Hassan Nafali, secrétaire-général du Syndicat national des professionnels du théâtre, émet le souhait de voir créer une fondation qui serait chargée des droits des artistes. Elle serait subventionnée par l’Etat et d’autres fonds en provenance des salles de spectacle et de la télévision. Interrogé sur le fait que ces protestations précédent l’approbation du statut de l’artiste, il répond que « le texte tel qu’il est soumis au Parlement est vide de sa substance, et que si on le laisse valider dans l’état, il faudrait attendre plusieurs années avant sa réforme ». Et c’est ainsi que les hommes de théâtre sont devenus les porte-flambeaux du combat des autres corporations d’artistes. Toutes leur ont délégué le droit de parler à leur place, à l’exception du Syndicat libre des musiciens. Après la bataille pour le statut de l’artiste une autre bataille, non moins ardue, s’annonce pour la paternité de ce statut.

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