La bonne étoile de Daoud

L’histoire de ce scientifique aguerri avec les images est surprenante. Imaginons un chercheur en physique fondamentale, un Docteur es Sciences, qui entre un jour par hasard dans une galerie à Nancy. Ce qu’il y découvre change le cours de sa vie. Daoud Oulad Sayed doit son culte pour les images, sa passion pour la photographie, au grand photographe Henri-Cartier Bresson. Il est «bouleversé» en 1978 par les oeuvres de cet artiste. «Une photo en noir et blanc, sans texte, et qui est capable de dire tant de choses, de raconter une histoire, des tranches de vie émouvantes, tout en imposant d’une façon nette son être-là. Cela, je l’ai saisi grâce à Bresson». Et c’est le déclic. Daoud ressent un besoin irrésistible de faire de la photographie. Il clique tout en gardant à l’esprit le travail de celui qui a fait naître une vocation en lui.
Quinze ans plus tard, l’Institut du monde arabe à Paris organise une grande exposition des photographies de Daoud Oulad Sayed. Parmi les personnes présentes : Henri-Cartier Bresson. Daoud ne peut cacher son admiration à son maître à penser. Ce dernier s’en émeut et l’invite, le même jour, chez lui. Le Marocain entretient Bresson de l’un de ses livres qu’il cherche vainement depuis des années. Un livre épuisé où le photographe français a formulé une espèce de profession de foi esthétique. Lorsque Daoud veut prendre congé de Bresson, ce dernier lui tend un bouquin. Le Marocain l’ouvre et découvre cette dédicace: «A Daoud, ce livre qui l’attend». La vie de ce Marrakchi, né en 1953, est faite de rencontres heureuses. Sa bonne étoile, il semble la tenir de la sage-femme qui l’a aidé à voir la lumière du jour.
Daoud est intarissable sur Simone la juive. «Je garde un souvenir ébloui d’elle. Elle était notre voisine, et elle aimait me prendre dans ses bras. Elle avait de gros seins que j’adorais». Daoud a été élevé dans un quartier chaud à Marrakech – à Arssat Moussa, un ancien bordel. On peut reprocher tout ce qu’on veut aux quartiers auxquels les prostituées donnent de la couleur, mais on ne peut pas dire qu’ils manquent de vie. Dans ce quartier cohabitaient de surcroît les Arabes, les Juifs et les Français. Mais c’est de Simone que Daoud se souvient le plus. «C’est une femme aux multiples talents : sage-femme, voyante, sorcière, conseillère». Elle a si bien marqué l’intéressé par sa générosité et son attachement viscéral à la vie qu’il est parti à la recherche de ses traces dès son premier court-métrage autobiographique : «Mémoire d’ocre» (1991). Le passage de la photographie au cinéma est également le fruit du hasard. Daoud a trouvé le chemin de la caméra par le détour de la photographie. Il rencontre Jean-Claude Carrière, directeur d’une grande école de cinéma à Paris, lors d’un reportage-photo pour un magazine. Daoud lui montre ses photos artistiques, et ce dernier de s’écrier : «mais il existe une approche cinématographique dans tes photos !» Ce qui est vrai, parce que l’influence de Cartier-Bresson qui traque «l’instant décisif» dans les scènes de la vie, et dont les photos sont narratives, se lit sans peine dans l’oeuvre photographique de Daoud Oulad Sayed. Ce dernier axe son traitement sur le mouvement. Jean-Claude Carrière lui propose donc une formation dans un atelier de cinéma qui va le mener à une autre rencontre décisive dans sa vie : celle du cinéaste et poète Mohammed Bouanani. «C’est mon professeur dans le cinéma » dit Daoud.
Tous ses films portent en effet l’empreinte de Bouanani. Outre «Mémoire d’ocre», Daoud réalise deux courts-métrages. La collaboration avec Bouanani est vite consacrée par «Adieu forain» (1998), le long-métrage qui révèle Oulad Sayed aux cinéphiles.
Le scénario de ce film a été écrit par Bouanani et Youssef Fadel. Le scénario de «Cheval de vent» est également signé par Bouanani. Ce film n’a pas encore fait son entrée dans les salles faute de distributeur. Gageons que la bonne étoile de Daoud mettra sur son chemin la rencontre qui permettra à son film d’être très bientôt montré dans les salles.

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