La capoeira, une culture brésilienne à l’esprit universel

La capoeira, une culture brésilienne à l’esprit universel

Dimanche 28 mars 2010, des capoeiristes du Brésil, France, Belgique, Allemagne, Luxembourg, Dubaï et Maroc se sont donnés rendez-vous à Casablanca en cette journée ensoleillée du printemps. L’événement est de taille. Épris par leur passion, capoeristes gradés et élèves capoeristes sont venus de différents coins du monde pour célébrer le batizado, l’équivalent de baptême en français. Il est 16h, l’espace de la rencontre s’est converti en un spectacle orchestré. Les chants brésiliens chuchotent aux ouïes, les percussions balancent les corps et les pas tracent le jeu et transportent l’âme vers une ère passée. Un voyage chorégraphique qui mène aux rives des anciennes côtes brésiliennes. Les Choristes, musiciens et joueurs, ne sont tout autres que les membres de l’association brésilienne de l’appui à la capoeira «Abada-Capoeira», groupe initiateur de l’événement. «Le Batizado est une évaluation globale des longues séances d’entraînement de la capoeira. C’est un événement annuel qui couronne les efforts consentis et met en contact apprentis et maîtres dans un cadre à la fois ludique et festif», explique Hassan Berdaï, membre de Abada-Capoeira Maroc. Toutefois, le Batizado ne peut être célébré sans la présence d’un maître brésilien. Ce dernier bénit en quelque sorte l’investissement des élèves dans cette discipline, mais aussi les supervise en stage quelques jours avant le déroulement de cet événement. Pour son premier Batizado, le Maroc a convié du 24 au 28 mars le Mestrando Peixe Cru de Sao Paulo ainsi que d’illustres capoeiristes internationaux. Pratiquant la capoeira depuis 1981, le Mestrando a gagné une grande notoriété sur le plan mondial. Au fait, l’appellation Mestrando indique la graduation attribuée à cet expert de la capoeira. La progression des joueurs et leur évolution constituent le moment clé du Batizado. Ainsi, le capoeiriste élève se voit attribuer en fin du baptême une corde qui indique son niveau de performance. «Le système de graduation de la capoeira est axé sur les cordes. Une à deux couleurs peuvent s’associer pour la notation d’un élève . Chacune d’elles correspond à un élément de la nature», souligne M. Berdaï. Et de poursuivre: «L’objectif n’est pas la compétition, mais plutôt de démontrer les défis auxquels un capoeiriste peut être exposé». Avant d’atteindre ce stade, l’élève capoeiriste doit tout d’abord confronter un capoeiriste gradé, et ce en respectant la philosophie du cercle intitulé «La Roda» dans le jargon de la capoeira. Acrobatie, danse et combat illustrent cette mise en scène. Comme musique de fond, des poèmes hérités de la mémoire collective brésilienne. «Il ne s’agit pas de louanges mais d’indications qui peuvent initier le joueur à gérer son jeu, trouver des issus et interagir face à la difficulté. Ces chants tracent l’histoire du Brésil et la capoeira à travers plusieurs siècles», indique Graduado Négro, capoeiriste gradé et entraîneur aux pays du Golfe. La mission s’avère un peu délicate pour l’élève capoeiriste. Pour s’en sortir, il est appelé à démontrer plus de flexibilité d’écoute et de clairvoyance. «Le joueur doit synchroniser ses pas à ceux de son ou ses adversaires, comme il doit être souple à chaque mouvement et très attentif aux paroles des comptines fredonnées par son entourage», ajoute Graduado Négro. La musique est un élément indispensable à cet art martial qui puise ses origines des cultes afro-brèsiliens. Les mélodies sont venues estompées l’esprit combatif du jeu. Une astuce que les esclaves africains ont instauré depuis le 16ème siècle. Transportée de force en Brésil, cette communauté a inventé le jeu de la capoeira comme entraînement pour se défendre des maîtres qui voulaient les récupérer. Depuis, la capoeira s’est associée à quatre instruments musicaux traditionnels, à savoir le berimbau, le pandeiro , l’atabaque et le agogo. A travers les siècles, la capoeira a évolué. Outre sa réputation mondiale grandissante, la capoeira a connu également la participation de la gent féminine. Chiclette, une Parisienne de 21 ans, a découvert la Capoeira il y a deux ans. «Un ami m’a montré un cours de capeoira et depuis je n’ai pas arrêté. C’est un sport très complet, à travers lequel j’ai appris à me défendre, à chanter et à respecter l’autre», dévoile-t-elle. Si cette jeune demoiselle a été initiée par un camarade, Cannelle ( 7 ans) a été encouragée par sa mère. «Cannelle est une enfant qui est extrêmement tonique. Elle adore la musique en plus elle est antillaise, le Brésil n est pas loin de ses origines. Ainsi, la capoeira lui permet de dépenser son énergie à travers la partie gymnastique qu’elle pourrait avoir ainsi que la musique associée. C’est toujours impressionnant de la voir jouer et j’avoue que cela lui plait aujourd’hui», déclare la maman. Par ailleurs, la petite Antillaise a son mot à dire : «Je me plais beaucoup à la capoeira . J’aime bien bouger car je suis une enfant très sportive. J’aimerai bien être championne un de ses jours». En dépit de ce souhait, Cannelle peine toujours à apprendre le chant brésilien. Le cours de la capoeira, englobe, en effet, des séances de chant, de musique d’acrobatie et d’histoire. Les fondements de ce sport sont basés sur la tolérance, respect et égalité. Des devises qui sont illustrées par la couleur blanche des tenues des joueurs. Une dénotation de transparence qui a dépassé les frontières et a atterri au Maroc depuis 2005 pour contribuer à la longévité de cet art.

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