La crise financière plombe le marché de l’art

La crise financière plombe le marché de l’art

Des tableaux commencent à ne pas trouver preneur et des œuvres surestimées, notamment en art contemporain, vont voir leurs prix corrigés. La crise financière actuelle a un impact, mais limité, sur le marché de l’art qui est un marché de passionnés, selon différents acteurs du secteur. Le «marché de l’art obéit à des règles spéciales mais c’est un marché global. Il ne peut pas ne pas être touché par ce qui se passe actuellement», indique à l’AFP François Curiel, président de Christie’s Europe. Quelques signes, même s’ils sont peu spectaculaires, montrent qu’il l’est. Selon la banque de données art price qui étudie les ventes aux enchères, le taux d’invendus était depuis le 1er septembre de 39,2% contre 36,8 l’an dernier pour la même période. Au 1er octobre, l’indice de prix a baissé de 4,45% en un an et le nombre de ventes a baissé de 20,5% lors des 40 derniers jours dans le monde.
Des enchères en début de mois, en Asie ou à Londres, ont été «décevantes», indique la lettre confidentielle spécialisée The Baer Faxt, avec des taux d’invendus qui peuvent dépasser les 50%. «Pour les chefs d’œuvres, les prix sont très soutenus», ajoute M. Curiel, «les ventes seront plus difficiles pour les objets moyens ou estimés trop chers. Avant l’été, estimer cher ou trop cher n’était pas un problème. Maintenant ça l’est», dit le patron de Christie’s. Pour Patrick Bongers également, qui préside le Comité des galeries d’art, c’est le marché spéculatif qui va être touché. «Tout ce qui a été artificiellement poussé par la spéculation, comme l’art contemporain chinois ou indien, va avoir des difficultés», dit-il. Mais la pièce d’exception, «c’est comme un appartement. Si vous avez un duplex avec terrasse et parking en sous-sol dans la très chic rue du Bac à Paris, je ne crois pas que ce soit le prix qui va bloquer la vente».
La vente Damien Hirst à Londres a battu des records (140 millions d’euros) le soir où la Bourse new-yorkaise dévissait, rappelle Guillaume Cerutti, qui dirige Sotheby’s France. Le «marché de l’art est mu par un moteur différent» que celui de la finance, «nous vendons des objets uniques, non reproductibles, c’est un marché très atypique», dit-il. Et tous de citer la vente du 23 au 25 février prochain de la Collection Pierre Bergé-Yves Saint Laurent, pour laquelle aucun «ne se fait de souci». Quelque 700 œuvres seront dispersées lors ce que l’on appelle déjà la «vente du siècle», estimée entre 200 et 300 millions, voire 500. Néanmoins, des mesures sont prises. Christie’s a ainsi déjà révisé à la baisse certaines estimations pour les ventes de novembre et décembre. Un «vrai collectionneur continuera toujours à acheter et les bons artistes resteront toujours», dit Gilles Fuchs, qui préside l’Adiaf, une association de collectionneurs d’art contemporain. Ceux qui sont touchés «sont les golden boys qui achètent à n’importe quel prix un artiste de troisième rang. Cela fait du bruit mais ne touche pas énormément de monde», dit-il. Les ventes aux enchères dans l’art s’élevaient à 15 milliards de dollars l’an dernier, un «micromarché» par rapport aux marchés financiers, conclut François Curiel. «Jusqu’à présent, l’histoire nous apprend que dans les pires moments, comme lors de la crise de 1929, il y avait encore un marché de l’art. Je ne le vois pas disparaître, les prix vont baisser dans certains domaines, je ne vois pas d’effondrement», dit-il.

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