La dénonciation par l’oeuvre

L’exposition de Rabat se distingue de celles qui ont déjà eu lieu dans d’autres villes. Sa présentation est plus contemporaine avec des cageots en bois qui servent de piédestal aux dizaines de photographies de l’écrivain. A l’exception du funambule de l’artiste Abdelkrim Ouazzani, toutes les autres oeuvres renvoient à la Palestine. On citera d’abord le court-métrage de Nabil Ayouch où des personnes de toutes origines répètent : «Nous sommes palestiniens».
Les photographies de Souad Guennoun qui a fait un travail sur les lieux où a vécu l’écrivain, des lieux où le souvenir de la Palestine est omniprésent. Autant pour Didier Morin qui a filmé Leïla Chahid et qui a écrit sur les murs du lieu de projection : Sabra et Chatila. Mais ce sont incontestablement les peintres Mohamed Kacimi et Fouad Bellamine qui ont complètement construit leurs oeuvres autour de l’injustice que les Israéliens font subir aux Palestiniens. Le premier a opté pour une installation sous forme d’un énorme moustiquaire.
Cette installation se réfère à la révolte du poète contre l’enfermement et à son ouverture sur le monde. Elle renvoie au demeurant aux événements qui déchirent encore la Palestine. On y lit les mots Sabra et Chatila écrits en lettres rouges. On y voit des visages aux expressions de souffrance terrible. Fouad Bellamine a dessiné, quant à lui, trois portraits de Genet Ces portraits ne peuvent se voir indépendamment des citations de Sharon, d’un texte de l’écrivain et de la machine à écrire déposée sur une vieille table.
Le regard de Genet prend sens lorsqu’on le confronte aux citations de Sharon – toutes très hostiles aux Palestiniens. L’écrivain le toise, et son regard est si perçant qu’il rend à leur insignifiance les propos du Premier ministre israélien. C’est ce regard-là et ce qui en participe qui provoque la colère de personnes comme Eric Marty. Pourtant, ceux qui prennent parti pour la cause des Palestiniens ne sont pas antisémites.
Les propos de Genet, ce qu’il a vu à Chatila, de même que l’exposition qui a lieu en ce moment à Rabat, ne sont pas contre les Juifs, mais dénoncent la situation invivable des Palestiniens contre laquelle s’élèvent aussi des Juifs. Jean Genet disait : «J’écris pour qu’on m’aime». Il aurait été content de constater que les amoureux de son oeuvre sont nombreux au pays où il a choisi d’élire son lieu de toujours. Quant à ceux qui ne l’aiment pas…

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