La dinde du Thanksgiving américain présente au Noël français

La dinde du Thanksgiving américain présente au Noël français

Partie d’Amérique, arrivée en Europe, elle est repartie aux Etats-Unis, mais transformée: la dinde, aussi indispensable au Thanksgiving américain qu’au Noël français, illustre les échanges culinaires entre deux pays qui, en gastronomie comme en diplomatie, ont parfois des relations difficiles.  «Beaucoup de produits du Nouveau-Monde font partie intégrante de la cuisine française», a rappelé le consultant gastronomique Alex Miles lors d’une récente rencontre d’universitaires et de cuisiniers américains et français à l’ambassade des Etats-Unis à Paris. Outre la dinde, la pomme de terre, le chocolat et la tomate, notamment, ont franchi l’Atlantique, avant de repartir en sens inverse, transformés, précise Jean-Robert Pitte, géographe de l’alimentation. D’autres produits ont fait le voyage inverse, comme les glaces parties d’Europe vers l’Amérique d’où elles sont revenues américanisées en «sundays», ajoute-t-il. «L’idée de rôtir la dinde est spécifique du Nord de l’Amérique», en particulier de la Nouvelle-Angleterre où «elle a fait le bonheur des premiers colons », indique M. Pitte. Passé en Espagne et au Portugal, le volatile remonte ensuite vers le Nord et se popularise chez les chrétiens dont il permet de nourrir les grandes familles. La dinde revient finalement aux Etats-Unis, mais accompagnée de truffes et de marrons. Pour l’historienne Mary Hyman, dans les relations gastronomiques entre les deux pays, «l’Amérique a offert ses produits bruts mais la France a offert sa culture alimentaire». De la «quiche» au «soufflé», en passant par l’«omelette» et autres «entrées», des mots français émaillent le vocabulaire culinaire américain, relève-t-elle. Et « ce sont les Français qui, selon les Américains, leur ont appris à manger», dit-elle. L’approche de la nourriture reste cependant très différente dans les deux pays. Aux Etats-Unis, «le discours nutritionnel est dominant», souligne l’anthropologue Christy Shields-Argelès. «Le mangeur a tendance à voir l’aliment comme un élément nutritif, maintenir une bonne santé est l’objectif principal». «Un corps sain reflète la réussite d’un individu», un corps gros signifie la maladie ou l’échec. Chez les Français au contraire, l’important, c’est «la convivialité, le plaisir, le goût», la cuisine est faite pour les autres, ajoute  Shields-Argelès. Pour l’historienne Julia Csergo, les liens «à la fois très forts et très complexes qui unissent la France et les États-Unis» ont nourri des stéréotypes. Très tôt, la France est perçue comme «le pays où la cuisine est établie en art» en opposition au «manque de sophistication » de la cuisine américaine. Au XXe siècle, «le conflit entre ces deux imageries explose», dit-elle. Les Etats-Unis sont alors accusés de «mettre en place une alimentation de masse», d’«inonder le marché européen et français avec des produits à bas prix» comme le corned beef.

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