«La distanciation n’est pas une invention de Brecht»

ALM : Aujourd’hui le Maroc : Comment vous est venue l’idée d’adapter une pièce de Brecht ?
Mohamed Zouhir : Cela fait très longtemps que ce projet me trotte par la tête. J’ai vu une pièce de Brecht montée par une troupe syrienne, elle m’a plue. Cette pièce a fait l’effet d’un déclic, elle m’a porté vers Brecht. D’autre part, la pièce que vous avez vue ce soir répond à mes préoccupations. En plus, Brecht était toujours à côté du peuple. Comme je viens d’un quartier populaire (Hay El Mohammadi), j’ai été sensible à cette pièce. Et puis, je l’ai choisie au regard du plaisir qu’elle m’a donné à sa lecture. Les questions qu’elle pose répondent à ma vision de la vie.
Dans cette pièce, la vision brechtienne du théâtre a été scrupuleusement respectée, sauf qu’à des moments, on a vu des personnages manger des bananes et à d’autres simuler de fumer des cigarettes.
La distanciation n’est pas une invention de Brecht. Elle existe déjà dans le fait de monter sur une scène qui sépare les acteurs des spectateurs. Le théâtre traditionnel joue évidemment beaucoup plus sur l’illusion. Pour moi, la distanciation ne s’oppose pas au ludique, au divertissement. Et Brecht optait pour le théâtre du divertissement. En plus, il ne faut pas être bloqué par un concept qui est déjà forgé. Il faut prendre des libertés avec ce concept. Moi, je ne cherche pas à savoir si je suis fidèle à Brecht ou non. Je n’ai jamais vu de pièces de Brecht, pour la simple qu’il est mort.
Il y a ses écrits théoriques…
Ses écrits théoriques peuvent nous renseigner sur la distanciation, mais cette pièce a été jouée plusieurs fois. Et dernièrement quand j’étais au festival de Carthage, il y avait une spécialiste de Brecht parmi les membres du Jury. Elle m’a dit qu’elle n’a jamais vu jouer une pièce de Brecht de cette façon. Ça m’a vraiment fait plaisir. Ce que j’ai essayé de montrer ce soir, c’est un théâtre total, dans la mesure où il y a le minimalisme, la musique, le chant, le jeu corporel des comédiens. Toutes ces composantes sont orchestrées de façon à ce que le spectateur ne s’ennuie pas. L’essentiel, c’est ça !

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