La fête du théâtre à Casablanca

Un festival de théâtre universitaire vieux de 14 ans, et dont les éditions ont eu lieu de façon régulière chaque année. Cela constitue un succès en soi. Un festival universitaire de théâtre dont les étudiants assurent en grande partie l’organisation. Quelle meilleure façon de les initier à l’insertion dans le monde de l’emploi et d’encourager les vocations ! Le tout dans une faculté qui accorde un grand intérêt à l’action culturelle. Le Festival International de Théâtre Universitaire (FITUC) et la faculté des lettres Ben M’sik qui l’organise cumulent ces qualités. Pour cette 14ème édition, un grand nombre de troupes marocaines ont été invitées. Douze au total. En provenance des universités de Casablanca, Rabat, Marrakech, Kénitra, Oujda et Agadir. Elles entrent en lice avec des compagnies de théâtre établies en France, en Tunisie, en Egypte, en Italie et en Suède. Outre les troupes universitaires, le public peut assister à des spectacles de professionnels. Il y en aura trois au total, dont « Transit », la pièce qui a valu à la troupe casablancaise Espace Liwaa trois prix au dernier Festival national de théâtre à Meknès. Le jury du festival est composé de sept personnes : quatre Marocains, en majorité des universitaires, et trois étrangers.
Les premiers sont Mohamed Zidane (universitaire), Salem Houindy (universitaire), Hassan Bahraoui (universitaire) et Mohamed Bhjaji (journaliste). Quant aux étrangers, à l’exception du Libanais Hana Khoury, leurs noms n’ont pas été communiqués. Parallèlement aux représentations, des colloques et des ateliers sont programmés. L’un des colloques porte sur la critique théâtrale au Maroc. La critique théâtrale est un domaine vital pour le développement du théâtre. Elle reste malheureusement en deçà des aspirations. Au reste, la compétition n’est qu’un prétexte au FITIC, parce qu’il s’agit avant tout d’un état d’esprit propre à ce festival. Un esprit fondé sur les échanges et l’encouragement de formes théâtrales réputées difficiles. À cet égard, des troupes universitaires qui ne se sont jamais produites en public auront la chance de s’exprimer. À elles de savoir étonner par leur audace. L’expérimentation, la recherche doivent constituer la pierre angulaire de ce festival. Les formes expérimentales dans le théâtre sont très peu visibles dans les salles, par faute d’audace de la part des metteurs en scène ou de leur petite culture théâtrale.
Le souci de ne pas désorienter le public d’une dramaturgie facile à suivre, reposant sur un rire gras, l’emporte sur le langage de la scène : éclairage, scénographie, langage corporel, etc. Au FITUC de remédier à cela, d’autant plus que le théâtre d’avant-garde est enseigné dans les universités marocaines.
La vocation du théâtre universitaire est aussi de montrer et d’encourager les formes les plus innovatrices en matière de théâtre, de coller à l’avant-garde. C’est très important, non pas que l’avant-garde soit la seule issue valable, mais parce qu’elle ouvre de nouvelles voies aux metteurs en scène, dépoussière les formes de théâtre devenues lassantes à force de répétition. Or, une lecture des résumés des pièces qui seront jouées pendant cette édition montre que le théâtre expérimental n’est pas la forme qui a été privilégiée. Cela s’explique peut-être par la volonté d’attirer un large public. Trois salles de Casablanca seront en fête à l’occasion de ce festival : le complexe culturel Moulay Rachid, le complexe culturel Sidi Belyout et la salle Touria Sekat. Le souci de faire de cette manifestation une occasion de fête pour un large public ne peut justifier la marginalisation des formes auxquelles il est peu familier. Si la qualité pouvait s’associer à l’air de fête, qui s’en plaindrait ?

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *