La justice britannique mise en cause

Les quotidiens Financial Times, Times, Guardian, Independent et l’agence de presse Reuters, ont décidé de saisir la Cour européenne des droits de l’Homme. Raison : ils ont été condamnés par la justice britannique à remettre au brasseur Interbrew un document interne où ils évoquaient un supposé projet de rachat, selon leurs représentants.
Les cinq médias britanniques qui ont épuisé tous leurs recours devant la justice britannique invoquent une atteinte à la liberté de la presse. Ils estiment que remettre ce document à Interbrew risquerait de compromettre la source qui en est à l’origine. Interbrew a obtenu de la justice britannique de se faire livrer le document, envoyé de façon anonyme à plusieurs médias en novembre dernier, affirmant qu’il contenait des éléments falsifiés destinés à donner l’impression d’une OPA imminente de sa part sur le brasseur sud-africain South African Breweries (SAS).
Vendredi, des avocats agissant pour le compte d’Interbrew se sont rendus dans les rédactions concernées pour réclamer le document, mais ces cinq médias ont refusé d’obtempérer. Dans un communiqué, soutenu par les autres rédactions concernées, le rédacteur-en-chef du Times, Robert Thomson, a expliqué que «Les principes fondamentaux de la liberté de la presse risquent d’être compromis». «Les sources doivent être protégées, même si leurs motivations ne sont pas tout à fait claires», a-t-il poursuivi. « En général, celui qui tire la sonnette d’alarme a toujours eu un rôle important, et toute poursuite susceptible de compliquer la tâche d’honnêtes citoyens souhaitant révéler des malversations au sein d’une entreprise, n’est pas vraiment dans l’intérêt public». Et le communiqué de conclure, «Je suis persuadé que le bon sens prévaudra et qu’Interbrew (…) prendra la mesure des dommages potentiels (de cette action en justice) pour le bien public et pour l’images des sociétés en général». Vendredi matin, le rédacteur-en-chef du Financial Times, Andrew Gowers, avait reconnu que le refus de remettre ce document aux avocats d’Interbrew pourrait entraîner de nouvelles poursuites. Il n’est pas impossible que cela débouche sur des amendes et même, j’imagine, sur la possibilité de condamnations à des peines de prison contre les responsables des publications, avait déclaré M. Gowers sur la BBC.
«Nous et les autres médias concernés avons entamé une procédure devant la Cour européenne des droits de l’Homme car nous estimons que le principe en jeu est si important — la liberté de la presse et la protection des sources journalistiques — que nous voulons que l’Europe s’en occupe », poursuivit M. Gowers. L’action d’Interbrew avait chuté à la suite des révélations de presse, et celle de SAS avait au contraire flambé.
Interbrew et SAB avaient ensuite affirmé ne pas avoir engagé de rapprochement, même si le brasseur belge avait reconnu l’existence d’un « document de travail préliminaire» rédigé dans le cadre d’une «analyse annuelle de routine» du marché brassicole mondial.

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