La lutherie : Le pari de la transmission

La lutherie : Le pari de la transmission

Les sons des instruments de musique enchantent ceux qui en jouent tout autant que ceux qui les écoutent, plusieurs siècles après leur création. Néanmoins, rares sont ceux qui se penchent non pas sur les rythmes mais sur le génie des maîtres qui leur ont donné forme et vie. Et si l’histoire arabe a été marquée de part et d’autre par le savoir-faire de grands maîtres artisans, le Maroc n’est pas en reste quant à la richesse de ses luthiers.
En véritable sacerdoce, le métier de luthiste est plus qu’une vocation. La lutherie nécessite de longues années de travail pour acquérir les bases du métier, se perfectionner et développer une bonne oreille musicale. C’est un travail de minutie et d’exactitude. «Jeune, je jouais du luth et de la guitare, et je me souviens avoir demandé à un luthier de me fabriquer un luth. Pendant les huit mois qu’ont pris sa création, je me suis régulièrement déplacé entre Casablanca et Fès pour voir l’état d’avancement de mon luth et c’est là que naquit ma soif d’apprendre, mais aussi de perfectionner et de moderniser le luth», témoigne le luthier Abderrahim Berrabich. «Le métier de luthier nécessite un vrai travail de recherche, de patience et de passion. On n’a pas droit à l’erreur et on est constamment habité par le défi de donner le meilleur de soi», développe le jeune homme. Cette recherche insatiable de perfectionnement guide le luthier dans son travail, et au génie et à l’habileté des mains de ces grands artisans s’ajoute une extrême précision. S’activant dans son atelier comme une abeille dans une ruche bourdonnante, le luthier se hâte pour livrer un instrument unique, fabriqué avec soin, amour et exactitude. Si la lutherie est un art transmis de génération en génération, elle est aussi un lieu de création et de modernisation. Le génie des luthiers a permis d’améliorer la qualité de la résonance des sons des instruments et de répondre aux demandes des musiciens et de la nouvelle scène. Abderrahim Berrabich en est le meilleur exemple, lui qui a confectionné le premier «ribab» électrique du monde, fabriqué un luth électro-acoustique et imaginé un violon électrique. Pourtant, malgré le génie des maîtres artisans dans ce domaine passionnant, la transmission aux plus jeunes ne se fait pas, en l’absence de centres de formation performants et spécialisés. «La transmission du savoir-faire est aujourd’hui quasi inexistante. C’est un point qui me touche en tant que luthier. J’ai fait appel aux instances concernées pour m’aider à prendre en charge cinq apprentis, sans résultat», livre, amer, le maître artisan. Autre constat alarmant, l’extrême rareté des festivals ou événements mettant en avant les talents de ces créateurs d’instruments. «Je rencontre par ailleurs plusieurs problèmes pour m’approvisionner en matériaux nécessaires à la fabrication des instruments que j’ai modernisés. La plupart du temps, je dois acheter mes matériaux à l’étranger», regrette Abderrahim Berrabich, qui constate également que les instituts de musique du Maroc ne proposent pas de formation dédiée à la lutherie.

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