La MAP à la croisée des chemins

L’Agence Maghreb Arabe Presse (MAP) a célébré hier son 43ème anniversaire. Quel chemin parcouru depuis sa création en 1959 par les frères Bennouna ? Plusieurs acquis ont été réalisés, mais le plus dur reste à faire. La célébration de cet anniversaire intervient dans un contexte marqué par l’ouverture du paysage médiatique national. Avec la libéralisation du marché, la MAP est condamnée à composer avec d’autres prestataires de services spécialisés dans des champs de l’information. Dispose-t-elle des moyens nécessaires pour gérer cette nouvelle situation ?
Force est de constater que plusieurs chantiers de développement sont toujours en suspens. Le premier concerne la refonte du statut de l’Agence. En principe, cette refonte a été prévue dans le cadre de la réforme du secteur de l’audiovisuel. Ce chantier a été mis en veilleuse à la dernière minute par Mohammed Achaâri, ex-ministre de la Communication. Du moins pour le moment. Aucune explication n’a été d’ailleurs fournie sur le retrait de cette réforme. A titre de rappel, ce projet de réforme porte sur la transformation de l’agence en société anonyme à directoire et conseil de surveillance. Selon ce projet, le capital de l’agence peut être ouvert à des personnes physiques ou morales.
Cette participation est fixée à 5% du capital. Parmi les dispositions prévues dans le projet, on peut citer également la fin du contrôle financier par le département des Finances. Ce qui donnera en principe à l’agence plus d’autonomie financière. Chose qui handicapait la gestion rationnelle de toute entreprise de presse de ce type. Aujourd’hui, les journalistes de la MAP attendent avec impatience la révision du statut de l’agence.
Le deuxième chantier de développement de la vieille institution concerne la compétitivité de ce grossiste d’information national. Si la MAP affiche sa volonté d’entrer dans la cour des grandes agences, elle a encore du chemin pour concrétiser réellement cette ambition.
Du moins, si l’on en juge par son rythme de développement qualifié de lent par plusieurs professionnels. Certes, on a assisté à une évolution en matière de production de contenu, mais cela reste insuffisant compte tenu de la nature des challenges à relever. La question aujourd’hui n’est plus de fournir du contenu, mais plutôt d’investir dans de nouveaux supports qui assurent sa diffusion. Allusion est ainsi faite à l’introduction des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Contrairement à d’autres agences mondiales, il faut bien admettre que la MAP a mis du temps avant de franchir ce cap. Cela nous ramène aussi à aborder la compétitivité de l’agence. Produire du contenu, c’est bien, encore faut-il trouver des clients. Tout dépend alors de la stratégie commerciale qui sera adoptée. Vu le statut actuel de l’agence, l’agence aura du mal à concocter une politique ambitieuse. Une question s’impose tout de même : si la MAP est présente dans plusieurs pays étrangers, on s’interroge sur le bénéfice pour les clients marocains dans la mesure où elle est concurrencée par d’autres prestataires d’information de taille. Ne fallait-il pas concentrer les investissements sur la couverture régionale ? Le dernier chantier concerne les ressources humaines particulièrement les journalistes. Leur statut de fonctionnaires constitue un handicap pour leur épanouissement. Sans parler de leur situation matérielle qui reste en-deça des standards de la presse écrite. La valorisation des ressources humaines est d’ailleurs l’une des priorités sur laquelle s’est engagé Mohamed Yassine Mansouri lors de sa nomination au poste de directeur général de l’agence.
La nomination à la tête de la rédaction de vieux routiers de la MAP a favorisé le débat d’idées au sein de la rédaction. Reste à dire qu’en l’absence de motivations professionnelles, les journalistes de la MAP n’ont pas le choix. Ils se tournent souvent vers la presse écrite indépendante. Les départs se sont multipliés au fil du temps. Ceux qui ont moins de chance attendent avec impatience leur nomination dans des bureaux à l’étranger. C’est même devenu une idée fixe qui constitue la seule lueur d’espoir pour certains journalistes Encore une fois, la valorisation des compétences passe nécessairement par la révision du statut de la MAP.

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