La marche de la dignité

Nombre de nos artistes se contentent d’inscrire leur profession sur une carte de visite. Un tel est comédien, un autre plasticien, ou encore instrumentaliste. Ils sont contraints d’imprimer le métier auquel ils se dévouent depuis des années sur des bouts de carton, parce que l’Etat ne leur reconnaît pas le droit d’exister officiellement en tant qu’artistes.
Très rares sont en effet ceux qui peuvent s’enorgueillir d’avoir une carte d’identité qui mentionne leur métier. S’enorgueillir d’un droit, c’est à cela que sont forcés nos artistes, parce qu’il n’existe pas de loi régissant leur statut. Inutile de revenir sur l’importance de la contribution des artistes à l’enrichissement culturel, social, économique et politique d’un pays. Inutile de dire qu’un pays qui ne reconnaît pas de statut à ses artistes est un pays qui dénie tout rôle à la création dans une société.
Aujourd’hui, les artistes en ont assez de voir leurs droits les plus élémentaires bafoués. C’est pour cela qu’ils ont décidé de sortir massivement dans les rues de Rabat le 14 mai. Cette marche de protestation, dont le point de départ est prévu au centre-ville vers 11 heures, coïncide avec la Journée nationale du théâtre.
Des hommes de théâtre, des chanteurs, des instrumentalistes, des plasticiens et autres vont y participer. Ils espèrent pousser l’Etat à se pencher sur un dossier qui a été élaboré, et qui demeure pourtant en souffrance dans les tiroirs du secrétariat général du gouvernement. C’est ce qu’a rappelé le 30 avril au Parlement le président du Groupe du renouveau et du progrès démocratique, Rahal Zakraoui, lors de la procédure dite «Porter à la connaissance du Conseil une affaire urgente». La question est en effet d’une importance extrême. Et elle est rendue encore plus urgente par la marche de protestation qui rassemblera aussi bien les artistes que les personnes soucieuses de leur droit. Durant son discours, le président du Groupe du renouveau et du progrès a rappelé qu’un texte de loi concernant le statut de l’artiste a été élaboré par le ministère de la Culture et de la Communication après des concertations avec les hommes de théâtre, les musiciens, les chanteurs et les artistes plasticiens.
Ce texte a été ensuite soumis à un expert de l’UNESCO qui l’a revu pour le rendre opérationnel. Il a été également étudié par un juriste marocain. C’est dire que sa validité ne fait aucun doute pour de nombreuses personnes. La procédure veut que le ministre de la Culture le remette au secrétaire-général du gouvernement. Ce dernier aurait dû le soumettre au Premier ministre, mais il l’a complètement négligé.
Ce désintérêt est à l’unisson du peu de cas que certains de nos politiques font des artistes. Nombre de ces derniers étaient présents au Parlement. Il y avait Mohamed El Jem, Mahjoub Raji, Fatima Regragui, Nezha Regragui, Malika El Omari, Amina Rachid, Abdelhak Zerouali, Abdelkbir Regagna, Mohammed El Ghaoui, Bachir Abdou, Anouar Al Joundi et d’autres.

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