La marche glorieuse d’un orchestre

La marche glorieuse d’un orchestre

Avez-vous déjà vu un chef d’orchestre guidé par ses musiciens ? Laurent Petitgirard s’est laissé diriger par l’Orchestre Philharmonique du Maroc (OPM). Il n’a pas pu suivre l’envolée des instrumentistes. Bien plus : il s’est détourné d’eux pour enflammer le public. Au lieu de conduire son orchestre, il brandissait les mains très haut pour enthousiasmer les assistants, qui ont répondu en battant des mains. Cela s’est passé à la fin de la soirée, lorsque l’OPM a interprété un morceau qui ne fait pas partie du répertoire que connaissent les chefs d’orchestre. Il s’agit de Massira, plus connu sous le nom de « Nidaa Al Hassan ». L’arrangement par Jean Charles Biondi de cette musique, composée par Abdellah Aissami, l’a dotée d’une densité orchestrale. Si Laurent Petitgirard a abdiqué avec un air ravi son rôle de chef d’orchestre pour marcher au pas avec Massira, il en a été autrement pour les autres compositions programmées durant la soirée. Le public a pu apprécier un chef d’orchestre qui avait une maîtrise totale de 80 musiciens. À droite, à gauche, vers le fond, le mouvement de sa main et de sa baguette ne laissaient aucun moment de suspens ou d’égarement aux instrumentistes de l’OPM. Avec Laurent Petitgirard, le public a pu mesurer l’évolution de cet orchestre, une première fois avec l’ouverture de l’« Obéron » de Weber. Ensuite, avec une oeuvre très attendue. Le concerto en mi mineur de Félix Mendelssohn rehaussé par la présence de l’excellent soliste français, Régis Pasquier. C’était sans aucun doute l’un des moments forts de la soirée. Félix Mendelssohn, un compositeur romantique allemand, a laissé au soliste toute sa liberté d’expression. Et Régis Pasquier jouait plus haut, plus fort, avec plus de vigueur que l’ensemble des musiciens. Il a parfaitement représenté l’idéal du violoniste romantique qui entre en conflit avec l’ensemble de l’orchestre dans un concerto, et qui en sort grandi. Il a interprété ce concerto, debout, sans partition. Le public qui l’a ovationné, pendant plusieurs minutes, a été remercié par une pièce qui n’était pas prévue au programme. Un caprice de Paganini, interprété de façon souveraine. L’OPM s’est mesuré ensuite à Beethoven. Il a interprété la 7ème symphonie. C’était une véritable épreuve pour évaluer le progrès enregistré par les musiciens de l’orchestre. Il se sont acquittés honorablement de cette interprétation, mais bien du chemin reste à parcourir avant qu’ils ne puissent se comparer aux orchestres qui dotent régulièrement la bibliothèque des mélomanes d’enregistrements fortement personnalisés. L’OPM n’a pas encore une musicalité qui identifie ses interprétations. Les instrumentistes cafouillent, de surcroît, à certains moments. Cela est d’autant préjudiciable à un jeune orchestre que les assistants ne peuvent pas s’empêcher d’établir des comparaisons avec des enregistrements de référence. Cela dit, personne n’aurait imaginé, à la création de l’OPM il y a 8 ans, qu’il pourrait un jour jouer une symphonie de Beethoven sous la direction d’un chef de renom. Et encore moins enregistrer son premier CD. En peu de temps, il a parcouru d’immenses étapes. Il mérite à cet égard félicitations et encouragements. Il viendra le jour où l’on pourra écouter cet orchestre sans l’indulgence que l’on a envers les petits. Il est appelé à jouer dans la cour des grands.

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