La marque de Binebine

«Quand je peins des masques, c’est toujours Tazmamart que je vois», c’est ainsi que Mahi Binebine explique son obsession du masque. Il est parfois aberrant d’expliquer une peinture par son sujet : ce n’est pas ce qui en constitue le mérite et encore moins la qualité. Ce sujet s’impose toutefois pour le cas de Binebine, parce que le masque est la marque patente de son faire, ce qui fonde l’identité de sa peinture, l’individualise. Tazmamart, parce que son frère, Aziz Binebine, y a passé de nombreuses années.
Dans l’exposition de Binebine avec Galanda, les masques sont généralement en haut-relief. Ils sont entrelacés de fils et souvent scindés en deux. Facile d’apparenter ces fils à des barreaux. C’est peut-être vrai. Mais d’un point de vue plastique, les masques exposés à la SGMB ne sont plus enjolivés par des couleurs attrayantes. Binebine s’engage de plus en plus dans une peinture où la monochromie, avec des variations de tons, prédomine.
Cette économie des couleurs est remplacée par un travail en profondeur sur la matière. Par ailleurs, l’écrivain est reconnaissable dans nombre de tableaux. D’abord, il a donné à quelques-uns le titre de ses livres. Ensuite, et peut-être surtout, il y a introduit son écriture.
Cette écriture n’est pas toujours facilement déchiffrable. On lit toutefois dans un tableau intitulé «Frayeur» ses mots : «se suivent s’étreignent l’ombre et la lumière». Le mot «lumière» est barré, comme si le peintre avait regretté de l’avoir écrit. Cela en dit long sur ces corps, ces masques qui tendent vers une lumière dont ils sont privés.

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