La presse sommée d’être plus nuancée

La tension politique interne à l’Iran entre partisans et adversaires d’un dialogue entre Téhéran et Washington est montée d’un cran samedi. Cette fois-ci, ce sont les journaux nationaux qui en ont fait les frais, en se voyant interdits de publier «toute propagation, soutien de discussions et négociations avec les Etats-Unis».
Pour justifier sa décision, le Palais de justice de Téhéran a déclaré samedi que le fait de soutenir, dans les journaux, le principe de pourparlers avec des responsables américains, était un «délit», parce que contraire aux «intérêts nationaux» du pays, et aux «directives» de l’ayatollah Khamenei. S’il a souvent été accusé par les associations de défense des droits de l’homme et de défense de la presse de porter atteinte à la liberté d’expression, l’Iran signe là une mesure sans précédent. Les peines encourues pour les réfractaires n’ont pas été précisées mais cette interdiction annonce une censure pure et simple sur la question, animée depuis plusieurs mois par le camp réformateur iranien.
Le président de la commission de la sécurité nationale et des affaires étrangères du Majlis (Parlement), Mohsen Mirdamadi, avait en effet instauré un «débat» sur la question des relations irano-américaines. Egalement directeur du quotidien Norouz, il avait révélé des «discussions» non-officielles entre les deux pays. «La politique étrangère n’est pas une question dans laquelle la justice devrait s’ingérer, et la loi dit que de telles questions doivent être discutées dans différentes instances compétentes, et que les gens doivent être informés des discussions entre professionnels» en la matière, a renchéri dimanche M. Mirdamadi, dans les colonnes de son journal. Norouz est d’ores et déjà menacé de suspension, ses écrits lui ayant valu à plusieurs reprises d’être poursuivi.
Cette décision de la justice est «choquante», «illégale», et relève du «despotisme», a pour sa part déclaré, lors d’une séance du Parlement dimanche matin la députée Elahe Koulaï. «Ni la loi, ni même la loi divine, n’ont interdit la liberté d’expression!» s’est exclamée la parlementaire réformatrice. Les récentes révélations de Norouz, relayées par plusieurs organes de presse nationaux, avaient été réfutées par le ministère des affaires étrangères et celui des renseignements. Elles faisaient état de contacts officieux entre responsables de haut niveau des deux Etats à Nicosie et Ankara ces derniers mois. Après les attentats du 11 septembre, immédiatement condamnés par l’Iran, des signes de dégel étaient apparus mais très vite, les polémiques avaient repris le dessus. Téhéran reprochait à Washington son soutien «inconditionnel» à Israël, mais aussi une «volonté d’implantation militaire durable», en Afghanistan et dans toute l’Asie centrale.
Le 29 janvier, le président américain avait placé l’Iran parmi les pays de «l’axe du mal» cherchant à « se doter d’armes de destructions massives». Accusation renouvelée dans un rapport officiel américain le 21 mai dernier.

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