La presse sous la contrainte

Plusieurs organisations non gouvernementales, ONG, chargées de veiller à l’exercice libre et indépendant de l’information, s’inquiètent et sonnent l’alarme sur des lois qu’elles considèrent de plus en plus dures dans les démocraties.
C’est le bilan pour l’année 2001, rendu public mercredi 2 janvier par RSF qui met l’accent sur le nombre croissant de journalistes interpellés, 489, agressés et menacés, 716, le nombre de médias censurés, et donc sur les entraves à la liberté de la presse dans le monde.
L’International Federation of Journalists, IFJ, apelait déjà en octobre, la profession à réagir suite aux résultats effrayants de son enquête réalisée après les attentats du 11 septembre dans 20 pays. Par ailleurs, le Comité directeur sur les moyens de communication de masse du Conseil de l’Europe qui veille depuis 1949, au renforcement de la démocratie et des droits de l’homme, s’est lui aussi inquiété de ces entraves.
Le 26 novembre 2001, il était «profondément préoccupé par les assassinats de journalistes (…) ainsi que par les nombreuses formes de harcèlement physiques et psychologiques dont ils peuvent faire l’objet lorsqu’ils rendent compte des situations de conflits et de tensions». «Consterné», le Conseil a «exhorté tous les gouvernements à prendre toutes les mesures qui s’imposent pour empêcher ces violations» des libertés fondamentales et à «poursuivre ceux qui les ont commises». Même si la majorité des 189 pays siégeant aux Nations Unies reconnaît la nécessité d’une presse affranchie, le nombre des journalistes interpellés agressés ou menacés, a augmenté de 50 % par rapport à l’an 2000.
En date d’aujourd’hui, 110 journalistes, soit un nombre record, sont sous les verrous. Pour ce qui est du continent le plus meurtrier, c’est l’Asie qui vient en tête de liste avec 14 journalistes tués. Au Proche-Orient, dans les territoires palestiniens, le nombre est de 3. L’International Press Institute (IPI) y parle d’«année de tous les dangers pour la presse».
Sur le continent américain, 20 professionnels des médias ont été tués, notamment dans les attentats du World Trade Center à New York. En Colombie, 3 journalistes ont été assassinés. Pour avoir publié un article sur des exactions commises par les paramilitaires, Flavio Bedoya, de l’hebdomadaire Voz, a été tué le 27 avril 2001. En Europe, un journaliste, Martin O’Hagan, du Sunday World, a été tué le 28 septembre en Irlande du Nord, par un groupe militaire loyaliste. Idem au Pays basque espagnol. En Europe, toujours, 2 autres journalistes ont été tués au Kosovo et en Ukraine… Et la liste est longue.
Les attentats commis aux Etats-Unis le 11 septembre, et la riposte américaine, ont été particulièrement «néfastes pour la presse», selon RSF. Il y a d’abord eu les reporters de guerre tombés en Afghanistan, puis les nouvelles contraintes liées à la «lutte antiterroriste» imposées à la presse dans les démocraties. L’IFJ constate «la difficulté pour trouver un équilibre entre le désir de l’Etat de poursuivre le crime et l’obligation professionnelle du journaliste de protéger sa source».
Cette fédération mentionne l’inquiétude des professionnels face aux initiatives gouvernementales destinées à lutter contre le crime organisé alors que la législation française sur les photoreportages, notamment, serait l’une des plus contraignantes du monde occidental.

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