La réforme des études médicales au Maroc

La réforme des études médicales au Maroc

ALM : Les mesures préconisées par la charte nationale d’éducation et de formation sont en principe exécutoires depuis septembre 2000. D’après-vous, comment s’intègre la Faculté de médecine dans cette réforme ?
Houcine Louardi : Grâce à ses femmes et ses hommes, la Faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca s’intègre progressivement en harmonie avec les dispositifs de mise en œuvre de la réforme.
Il s’agit d’une continuité dans le changement. L’expérience nous a montré qu’il faut toujours mettre en valeur les acquis, les compétences et les expériences des hommes et des femmes qui ont précédé et encourager les jeunes potentialités en les préparant à porter le flambeau. La réforme de l’université s’est faite par étapes. Le volet gouvernances (instances et procédures) a été mis en place de manière synchrone aux autres composantes de l’université. Le volet pédagogique, comme prévu, est en train d’être préparé dans le cadre de la réforme des études médicales.

Il existe certainement des difficultés d’ordre logistique au niveau des moyens de communication ou encore liées aux ressources humaines…
Globalement, la Faculté fait face aux besoins en essayant d’optimiser ses moyens. Dans toutes les structures à travers le monde, la notion d’abondance des moyens est révolue. Quant aux ressources humaines, la phase actuelle est marquée par une pénurie aggravée par les départs volontaires et la limitation des postes budgétaires.

Cette réforme pour aboutir nécessite certainement un audit régulier. Des moyens d’évaluation ont-ils été prévus afin d’en évaluer le suivi ?
La question arrive à un moment de restructuration et de mise en place de dispositifs d’évaluation. Avant, la faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca procédait, lorsque le besoin le ressentait, par des évaluations externes. Actuellement, elle a mis en place une commission d’évaluation interne. Le processus devant aboutir à rendre l’évaluation régulière avec des échéances précises est en cours.

Quels sont les concepts nouveaux dans la formation du futur médecin pour le Maroc compte tenu des objectifs, de la politique sanitaire et des besoins de notre pays ?
La consolidation de la formation médicale demeure une priorité de la Faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca. Il s’agit de former des médecins répondant aux besoins de la communauté et ayant des compétences dans le domaine des soins (promotionnels, préventifs et curatifs), de la gestion de l’éthique, de la décision, de la communication, du travail en équipe et en réseau.

Le cursus de la formation médicale se fera désormais selon des modules à valider. Ce qui sécurise la qualité du médecin. Quelle comparaison peut-on faire avec le système américain par exemple ?
Le système national est actuellement différent du système américain au niveau des entrées (inputs), des processus de formation et de l’accréditation. Néanmoins, la tendance mondiale tend vers une homogénéisation des schémas des cursus tout en encourageant la diversification des contenus. L’homogénéisation a pour but de faciliter ou rendre possible la mobilité des étudiants et c’est l’un des avantages des modules «autonomes» et «capitalisables» qui constituent une excellente nouveauté.

L’enseignement médical ne profite pas des passerelles possibles avec le secteur libéral qui connaît un engouement particulier, surtout au niveau des compétences et des équipements modernes. Cela ne suggère-t-il pas la création d’écoles privées de médecine ?
La Faculté de médecine produit des médecins pour la société (aux niveaux public et privé) et c’est juste un besoin de mise en place de mécanismes adéquat. Pour bénéficier des passerelles, rien n’empêche une structure publique d’établir des conventions avec des structures privées pour répondre à un besoin de formation particulier. Conformément à la loi 01-00 régissant l’enseignement supérieur, les Facultés de médecine peuvent faire appel à des enseignements ou des experts quel que soit leur secteur d’activité. Il s’agit d’enseignements «associés» ou «vacataires».
Le problème ne se pose pas en termes de secteurs (public ou privé) mais en termes de cahiers des charges, d’accréditation, de ressources (humaines et matérielles).

L’obligation des résultats est une culture qui s’impose de plus en plus au Maroc. Les Facultés de médecine, en tant qu’espaces de production et de propulsion du savoir médical, ne peuvent, elles aussi, dorénavant, se soustraire à cette exigence. Qu’en est-il de la recherche au sein de votre établissement ? Et comment comptez-vous vous y prendre pour la promouvoir ?
La problématique de la recherche est réelle. Il s’agit d’avoir une vision pour savoir quelle recherche nous voulons et avec quels moyens. Pendant longtemps, on s’est focalisé sur les moyens. Pour nous, il s’agit de mettre en place une stratégie de recherche. Nous entendons encourager la recherche, dynamique, pertinente et orientée vers le système de santé. Vous parlez de résultats et notre ambition est de donner à nos ressources humaines les compétences nécessaires pour identifier des problèmes qui entravent leur fonctionnement et proposer des projets avec une méthodologie qui permet de solutionner ces problèmes. Des projets de recherche peuvent découler de cette approche. Plus la recherche sera structurée, plus les résultats seront palpables et plus d’autres horizons s’ouvriront. Nous visons à “prioriser“ une démarche par projet pour encourager l’excellence, garantir l’efficacité, s’assurer de l’intérêt et de la durabilité des actions et évaluer périodiquement l’état d’avancement du projet. Ceci est une approche que nous essayerons de partager avec nos collègues.
Chacun, dans son domaine spécifique, identifiera les thématiques et les axes prioritaires. La faculté aura à jouer son rôle de promoteur, de facilitateur et de synchronisateur dans les différents domaines de la recherche.

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