La traversée du désert

La traversée du désert

Le bus s’est enlisé une première fois, avant de rendre l’âme dans le désert. Il transportait une vingtaine d’invités du Centre Tarik Ibn Zayad et une poignée de journalistes, accrédités pour couvrir la première édition du Festival des musiques du désert. Tous ont vécu une mémorable aventure à la Indiana Jones. Elle a commencé lorsque le chauffeur d’un bus, climatisé et confortable, a refusé d’engager son véhicule dans les pistes caillouteuses et ensablées, menant vers les dunes de Merzouga. Les organisateurs ont réussi à lui substituer un bus de fortune. L’un de ces véhicules qui transportent les fonctionnaires des offices et des délégations régionales. Ce bus, propriété du ministère de l’Agriculture, était tout déglingué. Son chauffeur avait beau protester que sa bête, âgée de plus de seize ans, n’était pas qualifiée pour affronter le désert, personne n’a voulu l’écouter. Il faut que les journalistes et certains invités du festival arrivent, coûte que coûte, au lieu du spectacle ! La mort dans l’âme, le chauffeur a pris le chemin des dunes. Une petite tempête de sable a immédiatement fait comprendre aux passagers que la carrosserie de ce bus constitue une cible trop facile pour les grains de sable. Ils se sont infiltrés par de multiples fentes, couvrant les têtes, s’introduisant entre les narines, bouchant le creux des oreilles et faisant des écrans gênants sur les yeux. Le tourbillonnement du sable n’a pas toutefois empêché l’avancée victorieuse du bus qui a eu droit à l’escorte d’une jeep de la Gendarmerie royale. Il avançait depuis une heure déjà sur « la piste », et rien n’annonçait le bivouac. Il était 18 heures ! Les voyageurs commençaient à piétiner d’impatience, parce qu’ils voulaient assister au coucher de soleil, magnifique à partir des dunes. Ils ont compris que le crépuscule n’était pas à portée de main, quand les gendarmes se sont adressés aux habitants de trois petites maisons, dressées dans le désert. Ils ne connaissaient donc pas la route du bivouac. Quel étonnement ! Les gendarmes ont embarqué à bord de la jeep deux enfants pour qu’ils les conduisent à bon port. Ces derniers, sans doute très heureux d’étrenner une jeep de la gendarmerie, ne connaissaient pas non plus le chemin. Ils ont été abandonnés à leur sort, après la traversée de deux kilomètres. La capacité du bus à affronter le désert allait être mise à rude épreuve. Une roue s’est enlisée ! Le chauffeur, qui n’avait pas l’habitude de conduire dans le sable, appuyait énergiquement sur l’accélérateur pour sortir son bus du piège. L’un des voyageurs a protesté en frappant de toutes ses forces contre la tôle. « Mais arrêtez ! Vous l’enfoncez encore plus ! Arrêtez ! » Difficile de savoir ce qui s’est produit dans la tête du chauffeur, lorsqu’il a essuyé les cris hystériques de ce passager. Toujours est-il que le moteur du véhicule s’est brutalement arrêté de ronronner. Tous les passagers sont ensuite descendus pour pousser le véhicule. Ils ont réussi à le sortir de la gueule du sable. Avec la tombée de la nuit, les imaginations ont commencé à s’échauffer. « Et si l’on s’égarait au milieu du désert ! ». Cette pensée a été consolidée par un deuxième enlisement du véhicule. Celui-ci semblait définitif, parce que les quatre roues du bus étaient complètement enfouies dans le sable. Il faisait en plus noir. Et les passagers étaient pressés de trouver une solution. Ils se sont concertés sur la conduite à adopter pour éviter le pire. Le bivouac n’était plus très loin, parce qu’ils voyaient ses feux. Mais difficile d’apprécier la distance qui les en séparait. L’un d’eux a proposé : « on va s’aligner deux par deux et marcher jusqu’au bivouac ». Un autre lui a répondu : « mais tu es fou ! Tu ne connais donc rien du désert. Si nous nous éloignons du bus, nous sommes perdus ». Un vigoureux débat s’est engagé sur le sujet. Heureusement que le réseau de Maroc Télecom couvre également des lieux désertiques. Un photographe a prêté son portable pour appeler la présidente du festival. Celle-ci a vite dépêché des Land-Rover qui n’ont pas eu de mal pour retrouver les passagers, repérés grâce à la lumière bleue de la sirène de la jeep. Ils ont été consolés de cette mésaventure par la beauté des dunes, la prestation des artistes et les feux d’artifice qui ont couronné l’événement. Mais aucun d’eux n’est prêt à revivre les émotions fortes de cette traversée. Les passagers ont juré de ne plus prendre le bus pour se rendre aux dunes de Merzouga.

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