Lâabi ou le spleen d’un poète engagé

Combat, abnégation, engagement, écriture. Tant de termes qui caractérisent la carrière d’un homme de culture marocain dont le nom revient incessamment. Abdellatif Laâbi, écrivain est poète marocain a en effet marqué et continue toujours de marquer la scène littéraire marocaine. De par la qualité de sa production mais aussi et surtout par son courage et sa volonté de vouloir poser les jalons d’un Maroc moderne, juste et démocrate. Rien ou presque tout ne prédestinait au départ Abdellatif Laâbi à acquérir le titre qu’il possède aujourd’hui celui d’un des plus grands écrivains marocains d’expression française. Si ce n’est son ambition et sa propre volonté.
Né en 1942 à Fès, dans une famille d’artisans, Abdellatif Laâbi a débuté sa carrière dans le secteur de l’enseignement et dispensait des cours de français dans sa ville natale avant de partir pour Rabat. Mais loin de se contenter d’effectuer son simple travail de professeur, Abdellatif Laâbi était animé d’une passion intérieure, celle de contribuer au changement du Maroc. On est ici dans les années 60 où la scène culturelle et artistique était en pleine ébullition. Cette ébullition résultait d’une révolte intérieure contre le régime de l’époque.
Une fois à Rabat, Abdellatif Laâbi fondera en 1966 avec des amis poètes marocains la revue Souffles (Anfas). A la naissance de cette revue, il existait une sorte de solidarité entre tous les intellectuels présents au Maroc. Cette revue joua une rôle majeur dans la culture maghrébine des années 1966 à 1972. « Le projet de Souffles invitait à la redéfinition de la fonction sociale de l’écrivain, à la légitimité de la langue d’expression, à la rénovation technique de l’écriture, à la revalorisation de la culture nationale, à l’inflexion du cultuel vers le politique» déclarait l’écrivain Jacques Alessandra dans un de ses écrits. Abdellatif Laâbi en était le principal animateur. Mais il était coché par des noms comme Mustapha Nissaboury, Malek Alloula, Samir Ayadi Abdelaziz Mansouri, Mohamed Kheiredine faisaient partie du cercle de Souffles. Un cercle qui était alimenté par d’autres secteurs culturels comme la peinture ou encore le cinéma. Tout le monde mettait la main à la pâte, car ils avaient tous les mêmes principes voire les mêmes engagements. Cependant, Abdellatif Laâbi était de ceux qui affichaient ces mêmes principes en public, il n’avait pas honte de ses engagements politiques. Ce poète marocain déclarait souvent à chaque fois que l’occasion se présentait que la fonction d’écrivain n’est pas inséparable de la société. Dans ce même contexte, il avait déclaré dans un entretien à ALM (n°40): « je suis un écrivain, je suis aussi un citoyen. Et mes écrits portent la marque de cette préoccupation fondamentale qui est la mienne : faire avancer la littérature, mais aussi faire avancer la société ». Le défi était clair. Abdellatif Laâbi ne se contentait pas de se cloîtrer dans son titre d’écrivain, mais il possédait des idéaux. Abdellatif Laâbi n’a jamais séparé son travail d’écrivain, de ses devoirs et de ses préoccupations de citoyen ». Cela faisait partie du combat du poète. Son but : faire reconnaître la fonction d’un intellectuel comme étant d’utilité publique. L’intellectuel doit d’abord par ses écrits et sa production faire évoluer la société. « Nous sommes en train de se battre, et je le répète depuis des années pour que la fonction d’un intellectuel soit reconnue d’utilité publique. Ne pas considérer l’intellectuel comme un parasite nuisible, mais comme une personne qui apporte quelque chose à la société» déclarait le poète dans l’entretien précité. Mais ce combat et ses engagements lui coûteront cher. Tout cela avait un prix. Son combat pour la liberté d’opinion lui vaudra plusieurs arrestations avant d’être jugé à 10 ans de prison. Après sa sortie de prison en 1980, il sera assigné à résidence avant de s’exiler en France en 1985. La même année, Jack Lang le nomme commandeur dans l’ordre des Arts et des Lettres. Abdellatif Laâbi est, depuis 1988, membre de l’Académie Mallarmé.
Cependant, malgré le fait qu’il assume et les durs moments de son incarcération de 1972 à 1980, Abdellatif Laâbi refuse qu’on le taxe d’écrivain de prison. Il veut que ses écrits soient appréciés par leur portée littéraire et leur qualité et non pas par le fait qu’il a été emprisonné. Abdellatif Laâbi ne demande pas de la pitié. Il insiste sur le fait que sa littérature ne possède pas pour unique qualité d’être engagée. « Ma littérature ne se réduit pas à cela. J’ai lu, il y a quelques jours des articles de journaux marocains où l’on parle de moi comme étant l’écrivain des prisons. (…) Je ne veux pas qu’on m’enferme de nouveau dans une prison ! Depuis que j’ai quitté ce lieu, j’ai vécu d’autres vies. J’ai mené d’autres combats» ajoutait Abdellatif Laâbi. Un combat qu’il continue de mener en s’impliquant davantage dans la vie culturelle et artistique marocaine. Malgré le fait qu’il vit en France, ce poète marocain est toujours sollicité dans son pays natal où il tient actuellement le titre de président de la Commission du fonds d’aide au soutien cinématographique. Une fonction qu’Abdellatif Laâbi dirige encore une fois avec dévouement.

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