L’absence des professionnels anglais

Il est indéniable que les personnes qui se sont déplacées pour la manifestation ont été très surprises par la qualité des œuvres des exposants. «Elles s’attendaient à une représentation folklorique et elles ont été confrontés à des œuvres d’une grande contemporanéité», précise Sylvie Belhassan, l’un des trois commissaires de l’exposition intitulée « au-delà du mythe». Ce préjugé folklorique est en partie imputable au lieu de l’exposition. La Brunei Galery ressemble à un appartement cossu, selon l’un des artistes. L’ABC de l’éclairage et de l’aération y manque cruellement.
La Brunei Galery souffre de surcroît d’une étiquette trop officielle pour que les professionnels des arts plastiques londoniens s’y déplacent. Elle ne sert pas seulement à des expositions, mais à plusieurs activités de nature caritative et autres. Bien plus : ce lieu ne figure même pas dans les guides des musées et galeries distribués dans les espaces d’art à Londres. Une galerie qui n’est pas répertoriée dans la liste des lieux d’exposition ne peut être prise au sérieux par les professionnels. Les artistes interrogés déplorent leur absence. «On en a assez des expositions de prestige, il faut passer par des professionnels !», dit le peintre Fouad Bellamine. «Les professionnels n’ont pas été au rendez-vous. Un travail doit être fait dans ce sens», renchérit le peintre Mohamed Kacimi. L’un des rares professionnels à s’être déplacé pour cette manifestation est un représentant de la maison de vente Shotby’s. L’exposition des artistes marocains à Londres est sponsorisée par de nombreuses entreprises marocaines et «largement encouragée par l’Ambassade du Maroc à Londres».
En plus de l’absence de professionnels, les artistes sont restés seulement trois jours à Londres, et la manifestation a été laissée à l’abandon. «Il faut assurer un suivi à cette exposition», dit Mohamed Kacimi. Il ajoute qu’il fallait réfléchir à animer des tables rondes et débats autour de la réalité de l’art contemporain au Maroc. «Il y avait un manque conceptuel criant lors de cette expérience», explique-t-il. Le discours a donc fait défaut à la première grande manifestation marocaine d’arts plastiques en Angleterre. Les artistes interrogés déplorent également un effort de communication en direction de la presse anglaise. Mais ces réserves n’enlèvent toutefois rien au principal attrait de la manifestation : surprendre par la qualité des exposants. Les œuvres de Mohamed Aboulouaker, Fouad Bellamine, Mohamed Kacimi, Farid Belkahia, Abdelkrim Ouazzani, Khalil El Ghrib, Miloud Labied, Hassan Slaoui, Mostapha Boujemaoui, Mounir Fatmi, Safaa Erruas et Hicham Benohoud sont exposées à Londres. Nombre de ces artistes assurent une représentativité digne de la réalité des arts plastiques au Maroc.
Au reste, le rayonnement limité de cette exposition n’a pas échappé à S.A.R la Princesse Lalla Hasna qui a inauguré la manifestation. « Il faut réfléchir maintenant à une exposition plus importante, à une exposition ficelée par un thème». Cette phrase a été adressée par S.A.R la Princesse Lalla Hasna à l’ambassadeur du Royaume du Maroc en Grande-Bretagne, selon Sylvie Belhassan. D’ores et déjà, la réflexion à une manifestation plus professionnelle est lancée. Un espace londonien prestigieux, au sens artistique du terme et non pas mondain, pourrait l’abriter.  
Quant à la Brunei Galery, elle est située au milieu d’une université de langues et de civilisations orientales. Ce cadre, qui se prête peu aux expositions professionnelles, a eu au moins le mérite de rappeler à nos peintres leur vie d’étudiants. «L’excellente bière brune» qu’on sert dans le campus les a consolés de tout le reste.

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