L’adolescent, la caméra et Marilyn

La caméra 8 mm de son frère au poing, Peter Mangone a tourné un film amateur couleur de 5’30, l’a visionné une seule fois dans sa chambre du Bronx avant de l’oublier dans une commode. L’an dernier, rangeant la maison de leur père, son frère retrouve le film muet, en parfait état, aujourd’hui transféré en 16 mm. « J’en avais un vague souvenir, mais quand j’ai vu les images, tout m’est revenu. C’était merveilleux », raconte Peter Mangone, 63 ans aujourd’hui.
Radieuse dans un pull-over noir et manteau brun à col de fourrure, la star sourit, fait des mines, souffle des baisers de la main vers son jeune admirateur, rit à pleine dents sur la 52e rue. Elle bâille, trébuche ou ôte une poussière de son oeil. « J’avais lu dans le journal qu’elle venait à New York et qu’elle descendrait à l’hôtel Gladstone. Alors je faisais l’école buissonnière pour aller la voir, un jour sur deux. Elle me reconnaissait, elle m’aimait bien ».
Touchée par tant de constance, l’actrice lui dit bonjour, signe des autographes et des photos et, un jour qu’elle sort accompagnée de son ami le photographe Milton Greene, l’autorise à la suivre ou à la précéder, sa petite Kodak en main, chez Elizabeth Arden ou les grands chausseurs de la 5e avenue. Pas d’escouade de gardes du corps, à l’époque, pour la plus éblouissante star de l’histoire du cinéma américain. « Elle était si belle, si délicate… Il suffisait de la voir une fois pour que son image s’imprime à jamais en vous… Je n’ai plus jamais été capable de regarder une femme de cette façon ». C’était l’année où, venant de divorcer du joueur de base-ball Joe DiMaggio et lassée de son image de ravissante idiote, Marilyn avait fui la Californie et prenait des cours auprès de Lee Strasberg à l’Actor’s Studio.
Peter Mangone se souvient d’avoir, trois ans après ce mini-tournage et quatre ans avant la mort de Marilyn, fait le tri de ses jouets d’enfants. Il était jusqu’alors persuadé d’avoir jeté le film, avec ses peluches et ses petits soldats. Il a en fait hiberné, dans sa boîte en carton, pendant 48 ans. « Mon père est mort il y a quelques années. Mon frère s’est installé dans sa maison de Floride et en rangeant des armoires il est tombé sur des boîtes de films », raconte-t-il. Russ Suniewick dirige à Rockville (Maryland) le laboratoire qui a transféré en 16 mm, format inaltérable, ces 5’30 de rêve. « Il était en parfait état de conservation », confie-t-il. « Parce qu’il avait été perdu et conservé dans sa boîte d’origine, après avoir été visionné qu’une fois, il n’a aucune rayure, les couleurs sont parfaites ».
Peter Mangone, qui est devenu coiffeur à Palm Beach et s’est spécialisé dans les vedettes hollywoodiennes de passage en Floride pour des spectacles, n’a pas encore décidé ce qu’il va faire de son petit trésor. Les demandes sont si nombreuses qu’il a chargé un avocat new-yorkais de gérer la distribution des images. « Je ne sais pas… Peut-être un beau livre illustré… »

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