L’âge d’or d’Al Andalous à Rabat

L’âge d’or d’Al Andalous à Rabat

Lorsque Abderrahman Adakhil a fui Damas, vaincu, humilié, il était à mille lieues de se douter qu’il allait fonder l’une des civilisations les plus prospères du monde. La fin de la dynastie des Omeyyades a permis l’éclosion d’un petit émirat indépendant à Cordoue. Excentré, situé au bout de la planète à proximité de cet “Océan des ténèbres”, très loin du centre des nouveaux maîtres du monde, l’émirat de Cordoue a pourtant fait pâlir de jalousie les Abbassides. Il a été à l’origine de l’une des plus fabuleuses aventures de la libre-circulation du savoir. L’exposition «Triangle d’Al-Andalous» retrace les marques de l’impressionnant héritage andalou. Forte de 90 pièces en provenance des musées de quatre pays : Maroc, Espagne, Portugal et Syrie, la manifestation regroupe aussi bien des pièces fonctionnelles, des objets d’art que des manuscrits. En ce qui concerne les objets courants, ils retracent la quotidienneté de cette époque. Des vases, lampes à huile, objets en céramique attestent la finesse de l’artisanat. Les objets les plus usuels, telle une carafe, sont fabriqués avec un soin qui atteste une conscience de ce qu’on peut appeler aujourd’hui le design. En clair, la fonctionnalité de la pièce détermine sa forme, mais non pas son apparence. En plus, les objets exposés témoignent de subtiles imbrications, d’interactions entre deux mondes, situés très loin géographiquement. Le moindre intérêt de cette manifestation consiste à voir les similitudes qui existent entre des objets fabriqués en Syrie et d’autres en Andalousie ou au Maroc. Les hommes ont transporté durant leur migration un savoir-faire qui s’exerçait dans deux régions du globe, situées à des milliers de km l’une de l’autre. L’exposition «Triangle Al-Andalous» s’intéresse aussi à la circulation du savoir. Al Andalous constituait un réceptacle de rencontres des cultures. Un laboratoire bouillonnant de diffusion du savoir. Une terre de scribes qui copiaient, traduisaient des manuscrits qui circulaient tous azimuts. En direction du Nord de la Péninsule ibérique, du Machrek, du Maghreb, les livres se frayaient des voies sûres pour porter très loin la pensée de quelques hommes. Des manuscrits présentés dans l’exposition reconstituent des bribes de cette fabuleuse aventure. C’est dans les monastères du nord de la Péninsule ibérique qu’ont été réalisées, dès le 10e et 11e siècles, les premières traductions de textes arabes en latin. L’exposition montre aussi des objets strictement scientifiques. En particulier, les astrolabes témoignant de l’époque où les Arabes avaient donné aux hommes le moyen de configurer la voûte céleste sur un plan. D’autres pièces intéresseront le visiteur. Une très subtile mosaïque, datant du 8e siècle, prélevée dans la mosquée de Damas. Il est curieux de constater les similitudes qu’elle présente avec la mosaïque byzantine. Autre pièce-phare de la manifestation : le minbar de la medersa Bouaânania. Ce minbar en bois, datant du 14e siècle, est la marque patente que l’art ne s’est pas développé qu’en Occident en contribuant à la gloire divine. Il a également obéi au cérémonial exigeant une idéalisation religieuse dans le monde musulman. Le minbar en question se trouve au musée de Dar El Batha à Fès. Il est si finement sculpté qu’il relègue au second plan les fins de cultuelles qui lui étaient assignées. Il est beau à regarder, indépendamment de la mosquée qui l’abritait. L’exposition «Triangle Al-Andalous» est organisée dans le cadre de la célébration de Rabat, capitale de la culture arabe 2003. Elle est organisée conjointement entre le ministère de la Culture et le gouvernement autonome d’Andalousie. Cette manifestation, l’une des plus belles de cette année, mérite absolument d’être vue.

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