L’air du ton : Dring-dring

Les sonneries des portables sont plus éloquentes que les mots. Avez-vous déjà prêté attention à la part psychologique qui loge dans un téléphone portable ? Des gisements de nature humaine, des mines de psychologie brute, des couches compactes de goût s’élèvent pianissimo ou fortissimo chaque fois qu’un téléphone mobile donne de la voix. Il y a des sonneries romantiques, grivoises, effacées, timides, patriotes, honteuses. Vous n’avez qu’à voir quel mal de chien l’on se donne avant d’arrêter notre choix sur une sonnerie pour comprendre l’importance que revêt la musique d’un phone mobile. C’est que le portable est devenu un appendice de l’homme. Il l’accompagne partout. Auparavant, on craignait d’entrer aux toilettes et de sortir en catastrophe pour répondre au téléphone. Aujourd’hui, on transporte le portable où l’on va. Tant que le mobile téléolfactif n’a pas encore été inventé, on peut se permettre le luxe de parler du petit coin.
Certains cherchent leur sonnerie et ne la trouvent pas. Ils sont exigeants. Ils ont l’oreille fine et ne se résolvent pas à passer leur temps avec un air qui ne leur convient pas. Ils choisissent un bip, un dring impersonnel. Ils n’ont pas envie de développer un réflexe pavlovien et dégainer leur phone, chaque fois que l’air vibre au son de la même musique que la leur.
Quelle frustration pour ceux qui vérifient vainement leur phone ! Il y a des histoires de solitudes insoupçonnées chez les personnes qui tâtent à toute occasion leur téléphone. Il n’y a même pas besoin d’écouter leurs sonneries pour dresser leur profil. Mais, chez d’autres : tel homme, telle sonnerie.
Prenons le train de Casa à Rabat et nous sommes sûrs d’avoir droit à une cacophonie instructive. Une lente et sirupeuse mélodie orientale d’un chanteur du Golfe s’élève dans l’air et on devine que son sélecteur passe son temps collé aux chaînes de Nilesat. Son modèle de vie se trouve au pays des puits de pétrole et des grosses 4×4. Comment ne pas reconnaître des gens pressés parmi ceux et celles qui répondent au son de la marche turque de Mozart ou d’une fugue endiablée de Bach ? Ou une personne fière du patrimoine musical marocain quand la sonnerie dispense « dour biha Yachibani » ou « amoul koutchi » ? Mais il y a des sonneries plus originales.
Un portable qui coasse : son possesseur ne l’aurait pas volé si on venait à le désigner de crapaud. Et un portable patriote. Oui, celui qui prodigue les roulements que le protocole réserve aux grandes occasions et aux chefs d’Etat. L’hymne national marocain volant dans l’atmosphère à partir d’un portable, comment qualifier son possesseur ? De personne qui porte son patriotisme sur le bout de son portable ? En tout cas, il existe des façons moins tonitruantes et plus efficaces d’afficher son patriotisme. De même qu’il existe des façons charmantes pour personnaliser sa sonnerie. Un cri de Tarzan pour faire un peu de silence, par exemple.

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