L’air du ton : Intox

À l’heure où le rallye Paris-Dakar soigne sa légende en soulevant son nuage de poussière habituelle, le polisario n’a pas mieux trouvé que de fourrer son nez dans la fumée des pots d’échappement. Il a commis un communiqué qui mérite votre indulgence : «les autorités de la république arabe sahraouie démocratique ont accepté la requête des organisateurs [du rallye Paris-Dakar] demandant l’autorisation du passage à travers les territoires sahraouis, et ont confirmé leur disponibilité à aider pour faire réussir ce stage de la course». De prime abord, l’assurance des termes du communiqué laisse sans voix. On cherche à comprendre. Peut-être que le rallye traverse le sud algérien – là où résident les auteurs du communiqué. Pas du tout. Le rallye évite soigneusement l’Algérie. Alors ? Ouvrez toutes grandes vos oreilles : l’étape que le polisario autorise le rallye à parcourir relie Agadir à Smara !
C’est exactement comme si vous aviez invité, chez vous, des amis pour un dîner, et que le voisin, hébergé dans une maison qui se trouve à l’autre bout de la rue, crie sur les toits qu’il vous autorise à recevoir vos invités. Comment allez-vous réagir ? En éclatant de rire ? En opposant du mépris à ses gesticulations ? Et puis, vous apprenez que l’un de vos invités a rendu visite au voisin-fou pour lui demander l’autorisation de dîner chez vous. Là, il faut revenir au communiqué du polisario pour ne pas perdre le fil de l’analogie. Il précise que M. Vivian, président de l’Amaury Sport Organisation (ASO), qui organise le Paris-Dakar, s’est déplacé chez le polisario au mois de décembre. Tout est à prendre au conditionnel avec le polisario. Mais si cette information se révèle vraie, elle ajoute un nouveau personnage à la facétie.
Malin ce M. Vivian. Lui venir manger chez nous, mais lui prévenir, auparavant, l’autre qui proclame la paternité sur notre tablée. Comme ça, il dîne bien et ne fâche personne. Mais à mêler nourriture et bobards, M. Vivian risque d’avoir une indigestion. Et il nous gâche du même coup le plaisir de citer un proverbe arabe : les chiens aboient, la caravane passe. Avec une caravane prévenante, les chiens peuvent prendre leurs aboiements au sérieux. Une consolation tout de même : avec ou sans le facétieux M. Vivian, il aurait été difficile d’introduire ce proverbe.
Car comment entendre des chiens au milieu des vrombissements de puissants cylindrés? Ils auront beau s’organiser en chorale disciplinée, avoir la puissance vocale des castrats, et un chef d’orchestre enragé, leur voix retentira comme un revolver face à 500 canons. Heureusement que la langue arabe dispense d’autres proverbes. La corde du mensonge est courte, par exemple. Et le rallye parcourt de longues, très longues distances. Sur le territoire marocain.

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