L’air du ton : Vigne

Sans être un apologiste de la noble soif, ni un adorateur de Bacchus et encore moins un indécrottable lecteur de Rabelais et d’Omar Al Khayyâm. Sans être de ceux qui bannissent l’eau claire, la trouvant plate, décolorée et pleine de nitrate.
Sans même pas être de ceux qui ne rendent grâce qu’à un seul fruit, le raisin. En clair, l’un de ceux qui font partie de cette race briseuse d’ennui, prodigue en élans fraternels et qui, assommée la nuit, dort du sommeil du juste : l’homo picolens. Oui, sans être un aficionado du vin, il faut avouer que l’affaire est grave.
Depuis quelques mois, les viticulteurs marocains produisent du mauvais vin. Seule la pudeur nous empêche de citer le riche répertoire scatologique dont nous avons souvent entendu gratifier des bouteilles en provenance de différentes régions viticoles du pays. Si la destinée normale du raisin est le vinaigre, la main de nos vignerons l’empêche rarement d’échapper à ce désastre. Acheter une bouteille de vin est devenu un calvaire. Déboucher une bouteille, c’est plus périlleux que la roulette russe. Une fois sur deux, son contenu fait une tache rouge sur l’évier. Et puis, le salut est venu de l’étranger.
On s’explique. La bouteille de vin ordinaire, produite au Maroc, coûte entre 36 et 40 DH. Le vin français est arrivé. Il n’est pas excellent, mais il ne vole pas son nom. Le prix d’un merlot ou d’un bordeaux ne dépasse pas 55 DH. Il est appelé à baisser encore. C’est la pente inexorable de la baisse des droits de douane qui mène vers leur abolition pure et simple – à l’horizon 2012. Non protégé par les taxes, le vin marocain est battu à plate couture par les vins étrangers. Les producteurs marocains ont beau dépêcher de belles amazones pour séduire la clientèle, offrir des tire-bouchons qui ressemblent à des pistolets du futur, rien n’y fait. Un amateur de vin ne fera pas preuve de nationalisme en avalant du vinaigre. Aux viticulteurs nationaux de se mettre au niveau des étrangers. C’est ça le fin mot de la fameuse mise à niveau. Et le vin n’est qu’un exemple parmi d’autres produits très mal qualifiés pour concurrencer les arrivants étrangers sur le marché marocain. Sévère sera la gueule de bois de nos industriels.
Mais laissons de côté les déboires. Revenons au bon vin. Notre propos à son sujet peut revêtir un caractère incitatif à sa consommation. Pour notre défense, nous nous remettons à deux scientifiques, connus pour d’insignes services rendus à l’humanité. Louis Pasteur ne décourageait pas de la rage de boire : « il y a plus de philosophie dans une bouteille de vin que dans tous les livres ». Et Alexander Fleming reconnaissait au vin la supériorité sur sa découverte : « c’est la pénicilline qui guérit les hommes, mais c’est le bon vin qui les rend heureux ». À ceux qui ne croient pas à la parole des apôtres de la science et dont le front s’empourpre d’indignation au mot vin, nous opposons cet ultime argument : le sujet de cette chronique nous été soufflé par l’un des 50 000 étrangers qui vivent au Maroc. Tout le monde sait qu’ils sont les seuls, ici, à consommer du vin. Malin, non ?

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