L’air du ton : Voeux

Comment souhaiter d’une façon distinguée une bonne année ? Comment doter nos voeux de la vertu tonique de l’inattendu ? Car pour un tant soit peu que l’on n’aime pas noyer notre voix au milieu des millions de formules éculées : «bonne année», «bonne et heureuse année», «meilleurs voeux» …, il faut bien faire l’effort de surprendre notre vis-à-vis par un ton neuf, une phrase inventive ou un propos personnel. Un petit tour des formules qui ont fait leur apparition cette année est instructif. «Bonne et euro’se année». Ça ne dépayse pas trop, tout en donnant à la formule la plus usitée une équivalence quasi-philosophique entre le bonheur et l’argent. Compte tenu du cours des changes, une année généreuse en euros fera beaucoup de bébés dirhams qui feront pleins de guili-guili à leur possesseur. Il y a de quoi passer une année à ne dire qu’areu. Mais jeter de l’argent aussi crûment à l’occasion du nouvel an pourrait être interprété comme de la compassion pour l’état d’une personne qui en a un besoin. Et comme l’appétit d’argent est inextinguible, tout le monde en veut. Donc tout le monde est dans le besoin. En privé, la formule comblerait de joie, mais en public elle risque de claquer comme un acte de charité.
Il y a moins problématique. «Bon vent pour 2005».
C’est sympa, sans jeux de mots et ça sonne bien. Les vents complices ont toujours porté loin ceux qui ne se recroquevillent pas sous une aile protectrice. Mais si l’on a affaire à une âme susceptible, elle pourrait mal prendre la chose. Ne souhaitez surtout pas bon vent aux accros du sur-place. Essayez avec un ministre et vous allez connaître votre tort. Qui vous dit qu’il cherche à appareiller. Il est là pour mouiller pendant toute l’année 2005, et jusqu’à 2020 si tout va bien. Non ! Mieux vaut ne pas commencer l’année en se faisant des ennemis. Au diable le vent !
Cherchons dans l’air du temps : www.mes_ meilleurs_voeux.com/ C’est inventif, mais l’adresse a un côté virtuel auquel manque l’élément humain pour toucher le destinataire. «Je vous souhaite de trouver la lampe d’Aladin». C’est un énoncé qui laisse interdit de prime abord, mais ravit peu à peu. Découvrir le récipient où loge le génie qui exauce tous les voeux, c’est inespéré. Mais qui croit encore de nos jours au monde merveilleux des «Mille et une nuits» ? Et tout bien considéré, l’auteur de la phrase est vite soupçonné de nous souhaiter une chose qu’il sait pertinemment impossible. C’est un cynique plaisantin qui lie l’accomplissement de son voeu à un objet qui n’existe pas. Il n’est pas facile de personnaliser nos voeux sans les prêter à des interprétations contradictoires. La meilleure façon de souhaiter une bonne année, c’est de ne pas lâcher la formule d’une façon convenue ou mécanique. Il faut prendre son souffle et la dire en sentant chaque syllabe, en s’approchant de cet acte performatif que décrivent les philosophes du langage. Et c’est que nous nous évertuons de faire depuis un moment, déjà, pour vous souhaiter une bonne et heureuse année.

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