L’Algérie et les Balkans

Ismaël Kadaré, Yasmina Musabegovic, Mohamed Kacimi, Waciny Laredj, Abdelmajid Merdaci, Nourredine Saadi et Malika Mokaddem ont parlé d’écriture et de résistance. Yasmina Musabegovic est bosniaque. La résistance revêt à ses yeux un sens différent de celui que lui confèrent ses collègues. Elle n’a jamais quitté la Bosnie, elle a vu ses proches et ses parents mourir. Pour elle « être vivant, c’est un acte de résistance », puisque la mort menace et fauche de partout. L’écriture devient dans ces conditions une nourriture vitale non pas pour résister, mais pour vivre. C’est le seul moyen de rester digne, de ne pas s’effondrer sous le poids de la peur, de rester Homme.
Ismaël Kadaré a pris la parole ensuite. Il est également né dans les Balkans. Le rôle des écrivains qui font partie de ce qu’on appelait naguère le bloc communiste est devenu incertain après l’éclatement de l’Union soviétique. S’opposer à quoi après la chute du communisme ? Il fallait vite réagir et comprendre que la résistance changeait d’ennemi, mais que sa nature demeurait la même. Les pressions ont pris d’autres avatars, mais restaient très actives. Il estime d’ailleurs comme une « fatalité la damnation qui pèse et pèsera toujours sur les écrivains ».
Les Algériens ont parlé ensuite. Mohamed Kacimi a expliqué les circonstances dans lesquelles son livre « Arabe, vous avez dit Arabe? » est né. Il l’a écrit pendant la guerre du Golfe, à un moment où il ne faisait pas bon d’être Arabe. Les événements du 11 septembre rendent cet ouvrage plus actuel que jamais. Kacimi est ensuite remonté jusqu’au Ve siècle avant Jésus Christ pour découvrir la première référence dans le théâtre grec aux Arabes. Cette référence est tout à fait prémonitoire du rapport conflictuel entre l’Occident et le monde arabe. Dans une tragédie grecque, Prométhée est promu à un supplice terrible : il est livré aux lances acerbes des Arabes.
Après, Waciny Laredj a parlé de la difficulté qu’il y a à écrire un roman d’amour dans un pays en guerre. Il l’a fait.
Abjelmajid Merdaci a dépeint ainsi ses romans : « des journées d’un condamné à mort déterminé à vivre ».
Malika Mokaddem lui a succédé. Sa voix véhémente et convaincue a placé le débat dans un temps antérieur aux événements qui ont fait l’objet du discours de ses compatriotes. Sa résistance à elle date de son adolescence, lorsque les livres lui ont ouvert de nouveaux horizons, lui ont permis de se révolter contre l’autorité de sa mère. Nourredine Saadi est le dernier à avoir pris la parole. Il a rappelé que l’écrivain algérien Rachid Mimouni avait choisi de s’exiler à Tanger. La situation actuelle en Algérie met les écrivains devant une douloureuse alternative : rester dans leur pays ou prendre le chemin de l’exil.
La table ronde de dimanche après-midi ressemblait à un chassé croisé entre les Balkans et l’Algérie, deux régions géographiquement distinctes mais aux réalités voisines.

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