L’apprentissage par le chant

Le complexe culturel Moulay Rachid à Casablanca a été envahi dimanche dernier par une foule d’enfants endimanchés. Nombre d’entre eux étaient accompagnés de leurs parents. Armés d’appareils photos et de caméras, ces derniers étaient là pour fixer des instants inoubliables dans la vie de leurs enfants.
Et pour cause, ces derniers allaient se produire sur scène. Ces enfants appartiennent à l’école Attahdib de Ben Msik. Ils sont au nombre de 17, ont entre 8 et 12 ans, et ont appris le français par le biais du chant. À cet égard, l’Institut français de Casablanca a fait appel à un compositeur et parolier, François Nozet, qui a travaillé avec ces enfants pendant trois semaines pour leur apprendre les phonèmes et les structures grammaticales simples du français.
Apprendre aux enfants une langue dans un esprit ludique, c’est à cela que correspond le principe de cet apprentissage. «Je n’ai fait que donner des consignes aux enfants ; le reste, ils l’ont fait eux-mêmes. On travaillait par petits groupes sur un thème et le meilleur s’imposait à nous» nous a confié François Nozet. Voilà pour la méthode. Pour ce qui est du spectacle, ceux qui ont vu chanter les enfants sont sortis avec l’impression d’avoir assisté à un spectacle féerique. Aussitôt que François Nozet s’est excusé en arabe de ne pas pouvoir parler l’arabe, celles et ceux qui ont appris sa langue sans rien perdre de la leur, ont défilé à tour de rôle devant le micro. Ces enfants prenaient un réel plaisir à chanter les chiffres et les lettres dans des combinaisons d’une fraîcheur inouïe. La première petite fille, Hajjar, a annoncé la couleur. Accompagnée par un accordéoniste, Patrick Fournier, et un guitariste, Fred van de Beer, la petite Hajjar a fait vibrer la salle en chantant ses «7, 8,9 : je mange un oeuf; 10, 11, 12, : avec une ventouse ; 13, 14, 15 : pour devenir mince…». Et le plus drôle, c’est que l’aspect apprentissage de la langue qui fonde cette expérience a été complètement relégué au second-plan par l’entrain et le plaisir manifestes que cette petite a mis dans sa prestation. Elle imitait la posture des stars devant un public, en dodelinant de la tête, en tapant des pieds, et en secouant le micro. Habillée en jean, elle avait un tonus qui aurait fait pâlir de jalousie plusieurs stars du rock. Elle faisait en plus un signe de la main aux enfants assis derrière elle pour les engager à reprendre le refrain. Un duo, constitué d’un garçon et d’une fille, a succédé à la petite en jean. Ils ont charmé l’audience par une chanson qui combine drôlerie et coquetterie. Le guitariste changeait par moments sa guitare pour un luth, et c’est à des compositions orientales que le public était convié.
Ce même public participait activement à la fête en battant des mains, ce qui portait les chanteurs au comble de la satisfaction. Il y avait de la joie, de la magie, de l’émotion et un brin de féerie qui désarmaient même les plus scéptiques à l’égard de cette démarche. Car, il ne s’agit pas d’être dupe.
L’objectif de cette expérience, empruntée aux quartiers dits défavorisés en France, est d’apprendre aux enfants une langue et faciliter par la suite leur insertion dans la vie sociale. Cela étant, il n’en demeure pas moins que les enfants ont pris du plaisir en apprenant, et qu’ils ont même réussi à communiquer un peu de leur rêve aux assistants. Cette expérience gagnerait d’ailleurs à faire école dans notre pays. On n’apprend jamais mieux une langue qu’en la chantant. Dans cet apprentissage, les enfants de l’école Attahdib ont eu un complice de taille. François Lozet est doté en effet d’un visage d’enfant que l’adulte cache mal. Et puis, qui peut résister à un enfant qui chante: «Mais le plus beau rendez-vous, c’est d’avoir rendez-vous avec vous» ?

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