L’architecture investit l’édition

Le titre est séduisant, mais trompeur. L’ordre dans lequel sont énumérés « Riad, modulor et tatami » ne correspond pas à la réalité de l’ouvrage. Riad doit être subordonné aux deux premiers termes, et non pas l’inverse. Car si l’on se réfère à la définition stricte de modulor “système de mesure destiné à fixer les proportions des ouvrages d’architecture“, il en est beaucoup question dans ce livre d’architecture, au sens universel du terme, mais il est très peu question de riads – référence à l’architecture au Maroc. Dans un livre, constitué de moins de cent pages, les quarante premières sont dédiées à des considérations générales sur une pratique forte, pourtant, de centaines de milliers de pages. Au Maroc, tout le monde s’accorde à reconnaître qu’il existe un manque criant en matière d’ouvrages sur l’architecture. L’initiative du groupe Archimedia est très louable dans ce sens. Ce groupe, connu dans le milieu des architectes par de nombreux périodiques, élargit la palette de son champ d’activités, en lançant une collection d’essais dédiée à l’architecture. Les responsables d’Archimedia en ont confié la direction au poète Mostafa Nissabouri, connu pour l’assurance de son jugement esthétique et sa très longue familiarité avec la chose plastique. La qualité du livre est éblouissante: papier glacé, typographie digne, mise en page élégante, des illustrations très éloquentes. Ce livre, en tant qu’objet qu’on feuillette, est irréprochable. Il devrait même servir de modèle à des maisons d’édition établies depuis longtemps au Maroc. Il s’agit toutefois d’un premier ouvrage, censé couvrir l’indigence d’un domaine, exempt d’écrits théoriques. Enthousiaste à l’idée de combler ce vide, Khalid Mikou a commencé depuis le début. Par une définition de cette pratique ! « L’architecture est une activité qui repose sur un travail de conception. Sa finalité, avec la mise à contribution d’un ensemble de connaissances, consiste à permettre la réalisation d’un édifice utile pour la société. » C’est comme si un auteur, estimant qu’il existe peu de livres sur la peinture au Maroc, commençait par : «La peinture est l’acte de prendre des couleurs et des pinceaux et de couvrir une surface plane ». Après la définition de l’objet de son livre, Khalid Mikou s’est livré à des considérations sur « l’architecture, dessin et informatique ou tendances de l’architecture internationale ». En somme, des propos qui ne nous apprennent rien que l’on ne savait déjà, depuis fort longtemps. Il faut attendre la page 41 pour que l’auteur du livre aborde « l’architecture marocaine contemporaine ». Mais là encore, le souci de théorie domine ses propos. Il accompagne son discours d’un cortège de considérations générales, mais ne cite pas d’exemples. Rien de concret dans ce livre. Comme si le manque d’écrits sur l’architecture entraînait aussi la faillite de cette pratique au Maroc. Aucun Bâtiment n’est analysé ou commenté. Aucun nom de riad n’est cité. Nulle démarche ou optique d’un architecte n’est étudiée. L’index des noms de personnes est très instructif dans ce sens. Seuls les noms de trois architectes marocains sont cités dans un livre qui s’assigne comme fin de combler un vide en matière d’écrits sur l’architecture au Maroc. Heureusement que les images illustrent abondamment les différentes tendances de l’architecture au Maroc. Légendée avec une précision remarquable, l’iconographie de ce livre en est le principal mérite. Khalid Mikou est au demeurant un auteur honnête. « Il a été souvent question dans cet essai d’architecture occidentale », écrit-il dans son épilogue. La collection qu’il étrenne comblera probablement le vide qu’il s’est attaché vainement à remplir. Tout le monde attend un deuxième livre. La qualité de la matérialité du premier est une très belle promesse de sa réussite.

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