«L’art a besoin d’un terrain fertile»

Aujourd’hui le Maroc : Comment se passe l’invitation à une biennale ?
Bouchta El Hayani : Dans toute biennale, il y a une base thématique. Il s’agit en fait d’une exposition collective. Et puis, il y a un travail de sélection soit par pays, soit par artistes. Les artistes sont généralement sélectionnés par rapport à un axe déterminé au préalable par les organisateurs. Une biennale s’articule généralement autour d’une idée fondatrice. Il existe des biennales célèbres : celle de Sao Paulo, celle de Venise… En ce qui concerne la biennale à laquelle je participe en compagnie de Mostafa Boujemaoui, nous avons été choisis par le ministère de la Culture. C’est le ministère qui nous a proposés. Mais le choix de ce ministère répond à des critères de sélection concis. La biennale du Bangladesh est une biennale de travaux sur papier. Donc, le thème de cette biennale internationale est précis.
Travaux sur papier, ça veut dire que le support doit être en papier?
C’est ça. L’on ne verra pas dans cette biennale des travaux sur toile, sur bois… Le seul support sera le papier.
Combien avez-vous envoyé d’oeuvres ?
Mostafa Boujemaoui et moi-même avons envoyé une dizaine de pièces chacun.
Jusqu’à quand dure la biennale?
Jusqu’au 15 janvier.
Que peut apporter la participation de peintres marocains à une biennale internationale ?
Il ne faut pas oublier que toute participation d’un Marocain à une biennale internationale contribue à faire connaître le Maroc. On connaît le Maroc géographique, et pas encore toujours très bien. Je me rappelle dans ce sens, lors de ma participation au Festival des sculptures sur neige au Canada, que certaines personnes confondaient Morocco avec Monaco. Ou encore un Canadsien qui m’a dit : «Ah ! le Maroc, c’est le pays des charmeurs de serpents.» Tandis que là, c’est le visage culturel du Maroc qui est donné à voir. C’est le Maroc de la création, de la modernité que les visiteurs seront invités à découvrir. Et puis, ce genre de manifestations permettent de diffuser des oeuvres d’art. Pour vendre sa culture, il faut la montrer.
Il existe une biennale d’art contemporain au Bangladesh, sachant que ce pays n’est pas riche, et au Maroc il n’y en a pas.
Une biennale peut apporter énormément au Maroc. Je cite souvent à mes étudiants cette phrase de l’un de mes professeurs d’histoire de l’art : «Pour que l’art se développe, il faut qu’il trouve un terrain fertile.» On imagine mal un art s’épanouir en se fermant sur lui-même. Finalement, l’art et particulièrement les arts plastiques, c’est donner à voir.
Il faut que l’artiste s’imprègne d’un climat artistique pour pouvoir créer. Plus ce milieu est riche, mieux il enrichit la création. Un artiste, il faut qu’il voie des oeuvres, il faut qu’il confronte ses travaux avec ceux d’autrui.
Voir, ce n’est pas seulement emmagasiner des images, c’est aussi réagir aux images qui ont été emmagasinées. J’agis sur les autres et les autres agissent aussi sur ce que je fais. La création ne peut s’épanouir qu’à l’intérieur de cette confrontation entre donner à voir et recevoir.

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