«L’art des rwaïs est en voie de disparition»

«L’art des rwaïs est en voie de disparition»

ALM : Comment a démarré l’aventure du groupe Amarg fusion ?
Jamal Oussfi :  La création d’Amarg fusion date d’il y a cinq ans. Ali Faiq et moi-même sommes à l’origine de la genèse de cette formation qui a pour credo la musique amazighe des Rwaïs revisitée. Il y avait au départ quelques problèmes pour stabiliser le groupe et il y a eu plusieurs membres qui ont quitté le navire. Actuellement, Amarg fusion compte huit artistes au total. Notre première scène c’était il y a deux ans lors du festival Timitar d’Agadir. Nous venons de nous produire en tant qu’invités lors de la dernière édition de la manifestation L’boulevard qui s’est clôturée le dimanche 3 juin.

Les observateurs de la scène musicale vous surnomment les Rwaïs des temps modernes. Qu’est-ce qui selon vous, justifie cette appellation ?
Le patrimoine de la musique amazighe et en particulier, celle, véhiculée par les Rwaïs est en train de se perdre. Nous avons jugé l’importance de reprendre ce répertoire et de le revaloriser. Pour que la génération actuelle apprécie cette musique, il faut qu’elle soit moderne tout en gardant ses racines traditionnelles. Plusieurs artistes amazighs n’utilisent plus les «maqams», à entendre par là les rythmes des Rwaïs. En tout, on en dénombre trois. Il s’agit de «Amaâquel», «Amâasser» et «Aganou». Notre groupe a repris ces rythmes et les a intégrés dans son répertoire musical. Etant donné que ces rythmes sont la spécialité des Rwaïs, nous avons été assimilés à des rwaïss modernes. L’instrument principal reste le «rebab» et «l’outar», mais cela ne nous a pas empêchés d’incorporer d’autres instruments comme la batterie et le clavier.

Quelle est la démarche d’Amarg fusion pour préserver justement le patrimoine de la musique amazighe ?
Nous essayons constamment d’effectuer des recherches dans ce patrimoine musical. Pour les besoins de l’évolution de notre travail, nous rencontrons certains rwaïss parmi ceux qui sont toujours en vie. Nous discutons avec eux et nous essayons également de reprendre les morceaux qui n’ont pas été retranscrits et préservés. Ce qui fait partie du patrimoine oral, nous faisons de notre mieux également pour faire redécouvrir ces chansons à la génération d’aujourd’hui.

Votre premier album sorti en 2005 a connu un succès, comment votre groupe compte-t-il donner une continuité à sa recherche musicale ?
Malgré les difficultés du groupe à trouver des espaces pour s’entraîner convenablement, nous continuerons toujours à œuvrer pour la continuité de notre recherche musicale. Nous sommes d’ailleurs en train de travailler sur la préparation de notre prochain album qui sera co-produit par l’association Timitar. Ce nouvel opus est intitulé «Argan». Nous parlons de cet arbre qui est actuellement en voie de disparition et nous chantons également pour l’enfant. Plusieurs personnes nous confient qu’ils aiment notre musique mais qu’ils auraient aimé comprendre les paroles de nos chansons. Pour répondre à cette requête de plus en plus persistante, nous allons traduire les textes en arabe. L’album de treize titres sera donc accompagné de la traduction des paroles. Il y a des chansons qui sont déjà enregistrées et d’autres qui sont en cours.

Le groupe s’apprête à animer un concert aux Iles Canaries. Quel est selon vous le secret du succès de la musique amazighe à l’étranger ?
Pour parler du cas d’Amarg fusion, notre premier album a été distribué dans plusieurs pays du monde.
Lorsque les Marocains résidant à l’étranger écoutent notre musique, ils réclament des concerts et c’est ainsi que des contacts sont établis avec les personnes concernées. Si le concert aux Iles Canaries est confirmé, ce sera notre première sortie artistique à l’étranger.

A travers L’boulevard, vous avez rencontré plusieurs artistes de la scène urbaine. Avez-vous prévu une fusion avec certains d’entre eux ?
Nous avons effectivement des projets avec plusieurs chanteurs de rap et de hip hop marocains comme c’est le cas de Fnaïre. Mais pour l’instant, rien n’est encore sûr. Nous préférons attendre une confirmation pour pouvoir en parler.

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