L’artisanat au Maroc et Lyautey

L’artisanat, comme le précise le préfacier du livre, Mohamed Tozy «procure actuellement des revenus à près de 6 millions de personnes et emploie près de 1,5 millions d’artisans, représentant 3% de la population active, dont 20% de sexe féminin».Ce secteur contribue également à hauteur de 10% du PIB. C’est dire l’intérêt du travail de Saïd Chikhaoui. Ce dernier a opté pour une démarche qu’il est difficile de mettre dans une grille. Son travail se veut socio-économique, mais il participe également d’une troisième discipline : l’Histoire.
L’importance de cette Histoire fait que près de la moitié du livre est consacrée à l’intérêt que les autorités du protectorat ont accordé aux expressions de l’artisanat, et tout particulièrement au tapis. Cet intérêt de l’auteur pour le protectorat fonde la principale thèse du livre : «La politique de l’artisanat du Maroc indépendant, reste tributaire du passé colonial». En encourageant par plusieurs moyens (subventions, exemptions fiscales, prix de terrain symbolique) les grandes entreprises, l’Etat défavorise de fait les petites coopératives. Il établit de la sorte une continuité avec la politique initiée par Lyautey qui divise le pays en «Maroc utile» et «Maroc inutile».
Le Maroc utile est celui de l’espace urbain où fleurissent les grandes industries. Saïd Chikhaoui prend parti pour les petites coopératives. Il explique leur intérêt dans la préservation du tissu social de plusieurs régions. L’aspect pratique de ce livre consiste en une enquête sur les conditions socio-économiques de la production des tissages dans la région de Khémisset. L’on y apprend aussi les conditions matérielles dans lesquelles travaillent les tisseurs, ainsi que les signes annonciateurs de la régression de leur activité. Ce qu’on peut reprocher toutefois à ce livre, très riche en informations sur le Protectorat, c’est que dans sa volonté de donner une épaisseur historique à un secteur d’activité, son auteur perd parfois en chemin l’objet de sa thèse. Dans certaines pages, il est moins question d’artisanat que de la réalité socio-économique à l’époque de Lyautey.

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