Latefa Ahrrare : «Je suis une créatrice et non pas une marionnette»

Latefa Ahrrare : «Je suis une créatrice et non pas une marionnette»

ALM : Comment réagissez-vous face aux critiques après votre dernière  prestation  dans la pièce du  théâtre «Capharnaum» ?
Latefa Ahrrare : Je suis surprise par la réaction des gens qui n’ont pas vu le spectacle et qui ont commencé à donner leur avis à tort et à travers. Car la plus belle des critiques est d’abord être éthiquement en accord avec les principes de l’art. Voir puis donner son avis dans le plus grand respect. En tout cas, étant de nature optimiste et positive, j’essaye de voir le bon côté de la chose et que Capharnaum a suscité un débat auquel devrait s’intéresser les politiciens, les sociologues, les psychologues, les professeurs et les artistes. Car c’est un débat qui reflète notre relation avec le corps qui est l’essence du théâtre et un langage universel.

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à camper un tel rôle?
Premièrement, je suis quelqu’un qui est libre dans ses choix. Car je suis à la fois le metteur en scène et l’interprète de ce spectacle. Ma performance et mon choix pour jouer cette pièce de théâtre, inspirée d’un recueil de poésie, viennent après la mort de mon père. Je voulais lui rendre hommage, corps et âme, à travers «Le récif de l’effroi» de Yassin Adnan. C’est moi qui ai changé le titre de la pièce pour opter finalement pour «Capharnaum». Le fait de jouer un personnage en quête de son âme émane de mon besoin spirituel en ce moment où l’univers ne vit pas simplement une crise économique, mais une crise des valeurs, de la communication …

Comment est né ce spectacle inspiré du Récif de l’effroi ?
La rencontre avec «Le récif de l’effroi» fut en 2004 où j’allais monter un spectacle entre le Maroc et les Pays- Bas dans le cadre des 400 ans d’amitié entre les deux pays. En 2009, au festival du cinéma africain à Khouribga où nous étions tous les deux membres du jury, Yassin Adnan m’a lu «Le récif de l’effroi». Je venais tout juste de perdre mon père. Sur le champ, j’ai dit à Yassin que j’ai envie de monter ce poème. C’est ainsi que le récif est devenu un spectacle baptisé Capharnaum.

Etes-vous prête à rééditer la prestation dans une autre ville?
Capharnaum a été créée pour la première fois le 6 octobre à Marrakech où le public l’a bien accueillie puis le 8 octobre à Rabat et le 28 octobre au théâtre national Mohammed V à Rabat. Puis, on partira en Jordanie, en Pologne, en Belgique… Le spectacle est fait pour être joué et moi, je n’oblige personne à venir le voir malgré lui. Nous sommes dans un pays qui respecte les choix de tout le monde.

Est-ce que la nudité et l’expression corporelle sont-elles encore des sujets de débats houleux au Maroc ?
Pour moi, je ne me suis pas mise nue lors de mon spectacle. J’ai été en maillot pour les besoins de la scène, c’est-à-dire que ce n’est pas un choix gratuit. Le corps au Maroc existe partout : dans le hammam, les salles de sport, sur les plages, dans les boîtes… Donc, je me demande pourquoi toute une polémique sur cette scène ! Enfin, regardons d’abord la pièce de théâtre et essayons de la comprendre !

Nadia Larguet avait posé pour le magazine Femmes du Maroc en novembre 2009. Comment trouvez-vous cette initiative qui a suscité des critiques dans certains milieux?
Sur la couverture de ce magazine, j’ai vu une femme enceinte et belle. Et cela a été porteur de plusieurs messages. Car on parlait dans le magazine de la mortalité pendant l’accouchement, c’est-à-dire qu’elle a fait ça pour mieux communiquer sur ce fléau qui touche pas mal de foyers au Maroc.

En posant à moitié nu, n’étant pas à la recherche de la célébrité?
Je suis célèbre, je suis connue. Mon choix de me mettre en maillot de bain est un choix artistique. Il faut voir la pièce.

Dans cette scène, tout le monde a constaté que vous avez un joli corps…
(Rires). Merci pour le compliment! Je trouve que chaque femme a un joli corps. Il suffit qu’elle le travaille et qu’elle l’entretienne par le sport. Je trouve que la danse orientale est une danse très sensuelle.

Comment arrivez-vous à marier entre la chorégraphie et le théâtre ?
La chorégraphie est un art à part. Dans mon spectacle, je faisais appel à deux chorégraphes Sashar Zarif, un Iranien qui réside au Canada et qui a travaillé avec moi la danse spirituelle, et Khalid Benghrib, un Franco-Marocain qui m’a dirigée dans ce spectacle avec la plus grande maturité et générosité que pourrait avoir un artiste .

Au Maroc, ne croyez-vous pas que le théâtre est un peu marginalisé ?
Le théâtre n’est pas marginalisé. Il est un peu dépassé par d’autres supports artistiques tels que le cinéma et la télévision. Et pour cela, il faut installer une éducation artistique dans les écoles, les maisons de culture, les maisons de jeunes ainsi le public apprendra à faire le choix car c’est là la clef d’un vrai citoyen : le pouvoir de choisir.

Comment abordez-vous un rôle de théâtre ou de cinéma?
Je lis d’abord le texte. Puis, si je sens que ça me plaît et me parle, je me lance. Car je suis une créatrice et non pas une marionnette.

Qu’en est-il de la vie privée de Latefa Ahrrare?
(Rires). ma vie privée est privée.

Quel est la place de l’homme dans votre vie?
Je suis une femme qui aime être aimée. Mais mon père reste le plus grand homme de ma vie.

Si un jour un réalisateur vous propose un rôle où vous devez poser toute nue, qu’allez-vous faire ?
(Rires). Cela dépend ! Si le choix n’est pas gratuit, je discuterais avec lui de ce rôle.

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