Latifa Benhalima : «Je suis à la fois moderniste et traditionnelle»

Latifa Benhalima : «Je suis à la fois moderniste et traditionnelle»

ALM : Vous vous faites rare dernièrement sur le petit écran. Le public s’est habitué à vous voir présenter le JT du soir. Où êtes-vous passée ?
Latifa Benhalima : Non, ce n’est qu’une impression. Mon emploi du temps n’a pas changé depuis deux ans. Je présente le télé journal de 12h45 une semaine sur trois avec d’autres collègues. Les deux autres semaines, on sort sur le terrain la plupart du temps pour couvrir les activités politiques, économiques et culturelles qui se déroulent essentiellement à Rabat et Casablanca, et parfois ailleurs dans d’autres villes du Royaume. En général, les journalistes, quand ils ne sont pas à l’antenne, ils participent avec leurs collègues à la confection de tous les journaux télévisés et les alimentent en informations, couvertures, ou reportages. Ce système permet également au présentateur de rester en contact avec le terrain, ses difficultés et ses réalités et de ne pas être cloisonné entre les murs.

Cela fait presque 20 ans que vous êtes dans l’audiovisuel. Comment évaluez-vous votre parcours professionnel ?
Sans tomber dans l’auto-satisfaction, je dirais que, globalement, j’estime que mon parcours professionnel est assez positif. C’est difficile d’être objectif et de parler de soi-même, mais quand je revois le chemin parcouru en presque vingt ans de métier, je ne peux qu’être raisonnablement satisfaite quoi que j’aurais bien aimé faire mieux si les conditions l’avaient permis. En cette occasion, je voudrais rendre hommage à tous mes anciens collègues et chefs qui m’ont encouragée et encadrée depuis le début, comme ils l’ont fait avec d’autres collègues avec générosité et n’ont cessé de nous donner conseils et faire des remarques. La majorité d’entre eux ont malheureusement quitté la boîte dans le cadre de l’opération «départ volontaire» ou dans le cadre de la retraite.

Est-ce facile d’exercer ce métier quand on est femme ?
À mon avis, il faut faire la part des choses. Ma réponse est à la fois oui et non. Et en fin de compte, tout dépend de la volonté de la femme journaliste, et de son entourage familial. Sur le plan strictement professionnel, il n’y a aucune différence entre journalistes hommes ou femmes. Ils sont sur un même pied d’égalité et ils ont les mêmes chances de réussite. La différence ne peut provenir que des conditions familiales de la femme. Les parents et essentiellement le mari ou le fiancé peuvent-ils admettre que leur fille ou femme travaille tard le soir et rentre à la maison à 23 heures ou minuit sans créer de problèmes ? Peuvent-ils accepter que la femme travaille le dimanche et les jours de fête? D’où la difficulté d’être femme et journaliste. Autres difficultés vécues: les voyages. Les choses se gâtent quand la femme est mariée et a des responsabilités conjugales. D’où, souvent, ce sont des journalistes femmes dont les maris sont compréhensibles qui réussissent.

Qu’est-ce qui manque au paysage audiovisuel pour sa mise à niveau ?
La question doit être plutôt posée aux spécialistes car elle relève plus de leur domaine que du mien. Mais en tant que praticienne et en partant du vécu, donc de l’intérieur je peux me permettre de faire quelques constats qu’on peut résumer en trois points pour toute véritable mise à niveau. Premièrement, il faut capitaliser le secteur. La TV, spécialement les informations, demande énormément d’investissements, sans injection massive de capitaux, notre paysage audiovisuel a peu de chance de faire face à la concurrence des autres chaînes arabes par exemple. Le Maroc dispose-t-il de ces moyens ? La question mérite d’être posée. Pour le moment, les budgets alloués aux deux ou trois chaînes nationales paraissent très modestes comparés à ceux des chaînes arabes concurrentes. Deuxièmement, ces investissements doivent être au service d’une politique claire d’information. Quelle TV veut le Maroc pour 2010, 2020, etc… Troisièmement, une politique de formation des cadres et d’encadrement. Et là, il y a un terrible manque de formation et surtout au niveau de la qualité et des besoins. Nos écoles publiques et privées forment-elles des journalistes dont a besoin le pays en qualification, en spécialité, et sont-ils opérationnels ?

Quelle est votre philosophie dans la vie quotidienne ?
La question est à la fois délicate et difficile. Ai-je une philosophie dans la vie ? Je n’en sais rien. Tout ce que je sais c’est que je suis une femme marocaine ayant vécu dans une ville impériale, Meknès en l’occurrence, dans une famille traditionnelle. Mais chemin faisant, je me suis ouverte sur la modernité. Alors, le résultat, c’est que je ne diffère en rien par rapport à mes semblables et congénères. Je suis à la fois moderniste et traditionnelle. Quelle est la part de chaque côté ? Je ne peux pas la déterminer.

Côté vie privé que pouvez-vous dire aux lecteurs d’ALM?
Je suis mariée à un médecin qui m’aime et que j’aime et avec qui je suis heureuse. Ma vie privée satisfaite et comblée, ma vie professionnelle plutôt assez satisfaisante quoi qu’on cherche toujours la perfection.

Quels sont vos loisirs et comment prenez-vous soin de votre beauté ?
Pour être sincère avec vous, et avec moi-même, je n’ai pas beaucoup de loisirs. D’abord je travaille à Rabat et j’habite à Casablanca. Cela veut dire que trois heures par jours de ma vie sont bouffés par la navette. Je passe le reste de la journée au travail et quand je rentre le soir, il faut s’occuper de la maison et du mari. Comment voulez-vous qu’on ait du temps pour les loisirs, sinon regarder un film à la télé ou lire les journaux. Si toutefois vous n’avez pas un reportage ou un travail à préparer pour la télé le lendemain. Par contre, j’aime bien les habits à la mode et les décors pour la maison.

Quel est votre rapport avec l’homme marocain?
Je dirai plutôt que c’est un très bon rapport et ça je le dois à mon père qui a été un grand ami plutôt qu’un père. Il m’a choyée. Il m’a toujours appelée «Moulatna»,  jamais Latifa. Cette ouverture, je l’ai toujours gardée. Que ce soit au lycée, à l’institut, à la télé ou en famille. J’ai toujours de très bons rapports avec l’autre sexe. J’ai toujours été étonnée par l’image qu’ont les gens, les téléspectateurs de moi. Dans la vie, je suis très ouverte, mais en même temps j’ai très peu de fréquentations.

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