L’attirance pour le satanisme

L’adolescent du monde occidental est aux prises avec de nombreux paradoxes face auxquels son corps et sa psyché se débattent à la marge de deux mondes : l’enfance qu’il quitte et la vie adulte vers laquelle il tend.
Premier paradoxe, l’adolescent est fragile du fait des nombreuses mutations dont il est sujet, mais se trouve également mu par des forces vives, au niveau corporel (transformation du corps) et psychique (réactivation des pulsions sexuelles par exemple).
Deuxième paradoxe, son environnement relationnel est capital pour lui, pourtant son discours ne rend compte bien souvent que de désirs d’autonomie et d’indépendance.
Au final, la problématique de l’adolescent se situe autour de deux axes majeurs :
– la séparation vers laquelle il tend en vue de l’individualisation et de la subjectivation,
– la question de la perte, perte d’objet, perte de l’amour premier (la mère notamment).
La séparation implique la perte puisque, pour investir d’autres objets, il faut être capable d’en désinvestir d’autres. Comme le disait Freud (1916), la « tâche » de l’adolescent est de se séparer de ses parents (au niveau oedipien) pour placer ses investissements sur de nouveaux partenaires. On voit alors apparaître l’importance de la bande de copains et des premières relations amoureuses. Le groupe remplit généralement la fonction d’établir des nouvelles identifications en cette période de crise identitaire.
Sur le plan cognitif, l’adolescent est à présent capable de pensée abstraite et de projection dans l’avenir. Il s’intéresse autrement au sens de la vie, à la mort, à ses origines mais aussi aux relations à l’autre et au sens que celles-ci prennent.
Il paraît évident que l’adolescence, au vu des transformations qu’elle engendre sur tous les plans (physique, pulsionnel, social, relationnel et cognitif), est une période de crise nécessaire et inévitable ; c’est pourquoi l’adolescence « normale » est généralement « bruyante » (caractérisée par ce qu’on appelle communément la crise d’adolescence). Au contraire, une adolescence silencieuse peut paraître plus inquiétante.
Passons à une autre sorte de diable, plus mythique et symbolique, celui-là !
Le terme Diable vient étymologiquement du grec « diabolos qui peut être traduit par « qui désunit ». Dans ce sens, son antonyme est « symbole », du grec « sumbolein », assembler. L’idée de diable est quasi universelle puisqu’on trouve son équivalent dans de nombreuses traditions. Dans la tradition catholique, Satan est un ange déchu qui, après avoir refusé de se soumettre à la volonté de Dieu, a été envoyé aux enfers, devenu dès lors son territoire dont il est le prince et maître. D’autres anges, rebelles également, l’ont suivi et sont devenus des démons. Avec ses multiples noms et facettes (on le représente comme un monstre hideux ou, au contraire, comme un homme séduisant), le prince des ténèbres représente le calomniateur, le tentateur, le séducteur, l’accusateur, le rebelle…
Dans cet article, je parlerai de ces adolescents qui se voient attirés par les croyances satanistes mais dont les pratiques ne sont pas juridiquement condamnables. Cette attirance peut être « normale » au vu de la psychologie de l’adolescent (comme nous le verrons ci-dessous) mais les parents ne doivent pas perdre de vue que cette attirance peut devenir progressivement une adhésion à un groupe sataniste déviant et dangereux. Cela peut alors concerner les domaines de la psychopathologie ou du sectarisme. Ce glissement est généralement insidieux et continu ; c’est pourquoi il est difficile de repérer les signes alarmants.
La vigilance des parents est donc primordiale. Nous avons vu précédemment qu’étymologiquement le terme diable sous-entendait la notion de désunion. Il paraît évident que cela renvoie à la problématique première des adolescents, celle de la séparation. Etre sataniste signifie renier, se couper de sa lignée.
L’adolescent, attiré par l’idéologie sataniste, signifie son désir de se séparer de ses parents, comme l’ange déchu à l’égard du Père. A l’image de Satan se révoltant contre Dieu, les adolescents marquent leur opposition à l’autorité parentale dans le souci de s’individualiser, de se dégager de la problémati-que oedipienne, réactualisée à l’adolescence.
Se séparer suppose un nouvel investissement, d’où l’importance du groupe chez les adolescents.
L’appartenance à certains groupes pseudo-satanistes remplit souvent cette fonction d’offrir à ses membres bien plus un style identitaire qu’un corpus de croyances dangereuses. Ce style identitaire (vêtements noirs, piercing, tatouages, etc.) signe dès lors, chez certains jeunes, leur appartenance au groupe ; il constitue un moyen pour se démarquer des autres et signifier son altérité. Dans ces groupes, il n’y a pas alors une réelle adhésion aux croyances des satanistes mais uniquement à leur apparence. Le diable représente un support identificatoire idéal pour certains adolescents. Satan a été le premier à refuser son affiliation, à rejeter toute autorité et toutes lois autres que les siennes. Satan représente la marge par excellence. Certains adolescents ne peuvent que s’y identifier, étant également à la marge de deux mondes : celui de l’enfance et celui des adultes. L’adolescent :
– d’une part, rejette l’enfant qui est en lui puisque l’enfant représente la dépendance aux parents et la soumission à leur autorité,
– et, d’autre part, exècre l’adulte qu’il devient puisque cela sous-entend que, pour le devenir, il doit se soumettre aux normes sociales.
Les adolescents sont en quête de personnalités à qui s’identifier et Satan, ce « héros » mythique, peut représenter pour certains jeunes un idéal : autonomie, toute-puissance étant hors des lois (même divines), absence de limites et de peurs, liberté absolue, libido exacerbée, etc. Ces différents attributs fascinent et séduisent de nombreux adolescents à la recherche de figures fortes à imiter pour en intégrer les « qualités ».

• Christophe Allanic
Psychologue clinicien

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