L’autorité de référence

L’autorité de référence

Le nom de Jacqueline Brodskis est très significatif dans l’univers des artistes et de l’art contemporain au Maroc. Cette dame née en 1912 à Nancy, a joué un grand rôle dans la vie de certains des artistes les plus connus au Maroc. Depuis sa chambre dans la maison de retraite à Rabat, Jacqueline Brod kis raconte comment elle est arrivée au Maroc en 1938. Elle n’était que de passage pour un bref séjour.
Mais le destin en a décidé autrement. Elle se mariera au Maroc et passera le restant de sa vie dans ce pays qu’elle apprécie et dans lequel elle se retrouve. « Je n’ai jamais voulu retourner en France, je me plais bien ici », dit-elle, sourire aux lèvres. Elle ne quittera pas le Maroc d’une semelle, car elle se sent dans son pays, bien à l’aise alors pourquoi le quitter ? Mais là n’est pas l’élément le plus important qui caractérise la vie de Jacqueline Brodskis. En effet, celle-ci peintre de sa formation s’est consacrée à l’enseignement de l’art et de la peinture contemporaine. Elle fera la rencontre d’une certaine Mme Gruner qui dirigeait à partir de 1950 des ateliers au service de la jeunesse et des sports, à l’époque sous l’égide des Français.
Selon Simone Gruner, ces ateliers avaient pour but de permettre aux jeunes de s’exprimer librement dans le but de développer sa personnalité et lui ouvrir des horizons nouveaux. Ces ateliers étaient installés dans un premier temps dans le bidonville du Douar Russia à Rabat. « On a tenté deux expériences en des milieux différents » souligne Mme Gruner. Celle-ci était une amie intime à Jacqueline Brodskis et en connaissant sa maîtrise pour les techniques de peinture, et pour sa pédagogie, elle lui proposa d’animer les ateliers de peinture.
Jacqueline Brodskis accepta sur le champ. C’est à ce moment même que l’aventure a commencé. Elle était artiste-peintre, mais elle se retrouvait beaucoup plus en enseignant aux jeunes. Sa pédagogie était caractéristique. Elle avait une manière de faire aimer la peinture aux jeunes enfants qui n’avaient aucun contact pictural. Outre les ateliers que Mme Brodskis animait à Rabat dans des foyers de la jeunesse et des sports, elle était chargée également de certains stages dans plusieurs villes du Maroc, dont Mèknès ». C’est dans cette même ville que Kacimi s’initia à la peinture des mains de Mme Brodskis. En effet, Kacimi et Miloud font partie des peintres les plus connus et qui ont été dirigés par Jacqueline Brodkis. Ses ateliers avaient quelque chose de particulier. Loin d’être un simple cours de peinture, c’était un moyen de laisser ces jeunes de foyer, s’exprimer et surtout créer. Ses ateliers ne s’adressaient pas spécialement aux enfants qui présentaient des dispositions particulières pour la peinture, mais à tous. La méthode Brodskis est très simple. Elle ne cherche pas à séduire, à installer l’enfant dans le confort d’un projet pré-pensé par l’adulte. L’enfant doit lui-même chercher dans son imaginaire ce qu’il désire exprimer et le coucher sur papier. L’enfant n’est pas qu’un exécutant qui répond aux consignes du maître, il doit être créatif. Chaque enfant est placé en situation d’autonomie. Le rôle de l’animatrice n’est pas un rôle de motivation préalable, mais d’accompagnement individuel.
Une enseignante de l’école Ronsard à Rabat avait dit d’elle en 1997 : « l’un des grands mérites de sa démarche, c’est de partir des propositions de chaque élève et de ses désirs aussi ». C’est précisément pour cela, que Jacqueline Brodskis refuse le terme « influencer ». Quand on lui dmenade est-ce qu’elle a influencé Miloud Labied ou Mohamed Kacimi, elle fait une petite grimace et préfère parler de diriger, et non d’influencer. Pour Jacqueline Brodskis, peindre doit être une activité non pas subie mais choisie.
Aujourdh’ui, l’une des pionnières en matière d’enseignement parle avec nostalgie de cette époque là, mais se réconforte en se disant qu’elle a assez fait et qu’à son âge, elle a droit à la retraite. Jacqueline Brodskis réside en ce moment à la maison de retraite à Rabat et mène une vie paisible entre le scrable et ses nombreuse lectures. C’est une véritable dévoreuse de livres. En ce moment elle lit Proust, Paul Auster ou encore Jean Marais. Ces lectures la rendent encore plus philosophe et la rajeunissent. « Les médecins m’ont même dit que je donnais l’impression d’être plus jeune », déclare t-elle.

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